C'est difficile de revenir. J'allais ajouter au Québec, mais c'est pas ça, si j'étais Danois je souffrirais autant de revenir au Danemark.

Pierre Foglia LA PRESSE

Dieu que le Québec me fatigue quand j'y reviens, spécialement après avoir séjourné dans un endroit où je ne connaissais personne, et donc où je ne haïssais personne. C'est tellement reposant de ne haïr personne.

Es-tu fatigué? me demande toujours ma fiancée quand elle vient me chercher à l'aéroport.

Non, mon amour, mais ça ne devrait pas tarder.

C'est tellement le fun, à l'étranger, de ne pas comprendre ce que disent les gens à la télévision ou à la radio. Y'a un con qui parle à la télé, rien qu'à voir on voit bien que c'est un con même s'il est en djellaba, mais tu t'en fous, c'est pas Harper, tu ne pognes pas les nerfs, ni rien.

Tous les jours je lisais la chronique en page cinq du plus grand quotidien de Bagdad. En arabe. Comme je ne lis pas l'arabe, je l'inventais à mesure que je la lisais. La dernière fois que je l'ai lue, cela portait sur Bertrand Cantat. Le chroniqueur disait que ce type-là devrait être interdit de séjour dans tous les pays arabes, pas parce qu'il a tué sa femme sans le faire exprès, mais parce qu'il est l'auteur de cette comptine débilitante que chantent maintenant les petits enfants dans les garderies de Bagdad: ravadja la moukère, ravadja bono, trempe ton cul dans la soupière tu me diras si c'est chaud...

Mais non, c'est pas vrai, Cantat n'a pas écrit ça. On chantait ça quand on était petit. Et ce n'est pas vrai non plus, le Québec ne me tombe pas sur les nerfs. C'est un pays tellement amusant et tellement facile à vivre, certes les hivers y sont rigoureux, mais la morale nous tient tellement chaud 12 mois par année... (1).

Un des trucs dont je m'ennuie le plus quand je suis au loin: mes émissions de radio préférées. Maisonneuve en direct. Et Christiane Charette. Je ne sais pas qui a averti ces deux-là de mon retour, mais ils en ont été si follement heureux qu'ils m'ont cuisiné, chacun de leur côté, un de mes plats préférés.

Ah ça! On peut dire que j'ai été bien accueilli pas les êtres qui me sont le plus chers. Ma fiancée m'avait fait son fameux pouding au pain. Maisonneuve, lui, substantiel comme à son habitude, m'a concocté un spécial élection-jeunes. Il allait dire aux jeunes d'aller voter parce que c'est tellement important de voter.

J'ai gagé avec ma fiancée: combien tu paries que, quelque part dans son émission, il va dire que c'est important d'aller voter parce que dans certains pays ils peuvent pas voter? C'est un peu comme si je reprenais du pouding au pain en disant: je vais en reprendre un peu pour ceux qui n'en ont pas.

Mais c'est la Charette qui m'a fait mon plus beau cadeau de retour avec ce que j'aime le plus au monde, plus que la confiture, plus que le pouding au pain: un débat. Attention, pas n'importe quel débat, un débat alla Charette. Alla comme souvent dans les recettes italiennes, alla crema, alla frutta, alla pancetta, un débat alla Charette.

Placez dans un studio de taille moyenne une personne qui pense blanc, une autre qui pense noir, une autre qui ne pense rien, ce jour-là mon ami Cassivi, laissez aller à feu doux, et voilà, c'est pas de la soupe c'est du rata, c'est pas de la merde, mais ça viendra, c'est une autre chanson de quand j'étais petit...

Dans un débat à la Charette, c'est la Charette que j'aime. C'est l'entendre jouir en arrière. Tellement certaine de faire goûter aux auditeurs le top du top de la radio. Et moi tellement content pour elle. Je suis comme ça. Mon bonheur me vient de celui des autres. Par contamination en quelque sorte.

Je vais vous dire un truc étonnant sur le pouding au pain: j'aime pas ça tant que ça, même que je suis un peu tanné. Mais vous devriez voir le bonheur de ma fiancée quand je demande:

C'est quoi le dessert?

Elle, avec une sobriété calculée: j'ai fait un petit pouding au pain.

Hein! Pas un pouding au pain! J'exulte. Je suis comme ça, je viens de vous le dire, le bonheur des gens m'importe plus que ma petite mise au point sur le pouding au pain.

Pareil pour Christiane quand elle a annoncé son débat sur Bertrand Cantat.

Hein! Pas un débat sur Bertrand Cantat avec Jocelyne Robert?

Du bonbon, Christiane. Pis à la fin quand t'as fait voter les auditeurs pour savoir si tu devais ou non passer la chanson de Cantat. Quel beau flash sur la démocratie en pleine campagne électorale. J'ai une idée: pourquoi tu ne ferais pas une émission avec Maisonneuve sur l'importance d'aller voter?

Ah, Christiane, Christiane, si j'étais veuf...

Fais-tu du pouding au pain aussi?

TURBULENCES - Qu'avez-vous tous contre Air Canada? Je vous entends bougonner contre leurs pubs trompeuses, contre leurs tarifs, même contre leurs hôtesses...

Je les aime, moi, les hôtesses d'Air Canada. La cinquantaine un peu ronde, parfois familières, mais généralement super fines...

C'est sûr, c'est pas les poupounes de la Middle East Airlines. J'ai fait Montréal-Paris avec Air Canada et le même jour Paris-Beyrouth avec la Middle East, tu ne changes pas seulement d'avion, tu changes d'époque, et entre les deux époques, c'est clair, il y a eu une révolution, probablement féministe. Tu te frottes les yeux, voyons, je croyais l'espèce disparue...

Tu sais, quand les hôtesses font la démonstration du gilet de sauvetage? À un moment donné elles tirent sur des cordons au bout desquels se trouvent des pipettes généralement rouges qu'elles portent à leur bouche pour montrer aux passagers qu'il faut souffler dedans pour gonfler le gilet... Eh bien sur le vol Paris-Beyrouth ce jour-là, la fille qui faisait la démonstration ne s'est pas contentée de porter la pipette à sa bouche, elle se l'est mise en bouche, et je peux vous dire que je voterais pour elle n'importe quand pour l'oscar de la meilleure actrice de soutien au festival annuel du film coquin d'Angoulême.

Le referiez-vous, mademoiselle? J'ai pas bien vu, vous soufflez dedans, vous aspirez ou vous faites juste téter légèrement le truc?

(1) En réalité la morale étouffe le Québec autant que lorsqu'elle se réclamait de Dieu. Mais j'aimais mieux Dieu.