Nous y voici, une fois de plus: la semaine s'annonce agitée, à Ottawa, et il y a de fortes chances que les tractations parlementaires des prochains jours forcent le déclenchement d'une quatrième campagne électorale en sept ans.

Vincent Marissal LA PRESSE

Inévitables, ces élections?

Au point où on en est, la vraie question serait plutôt: nécessaires, ces élections?

La réponse courte est: oui.

Nécessaires parce que ce Parlement, encore une fois, est embourbé dans les joutes partisanes stériles et les débats procéduriers qui ne passionnent que les spécialistes de la chose. Et encore.

Il y a un moment que cela dure, d'ailleurs. En début d'année, mon collègue Daniel Lessard m'avait demandé, aux Coulisses du pouvoir, de nommer un seul projet de loi majeur adopté par ce Parlement lors de la session d'automne. Une «colle», de l'aveu même de mon ami Lessard, qui m'avait d'ailleurs laissé sans mot (ce qui est bien une première!).

Faites de nouveau l'exercice, après quelques semaines de session d'hiver. Vous vous creuserez la tête pour trouver quelque substance aux travaux parlementaires. Il y a bien eu la décision du gouvernement, poussé en ce sens par le Bloc québécois et par l'affaire Vincent Lacroix, de revoir le principe du «sixième» de la peine, mais autrement, c'est maigre comme activité législative. Riche en politique, mais extrêmement pauvre en politiques.

En fait, depuis quelques semaines, les partis de l'opposition manoeuvrent dans un seul but: faire la démonstration du manque de transparence et d'éthique du gouvernement Harper, ce qui leur permettrait de le renverser sur cette question plutôt que sur son budget, dévoilé demain.

Il est inévitable, avec un gouvernement minoritaire dans notre système parlementaire, d'en arriver là après quelques mois (les conservateurs ont été réélus il y a 30 mois), mais cela donne un Parlement totalement improductif.

On a déjà vu ce film à plusieurs reprises depuis 2004, date de l'élection du premier gouvernement minoritaire au Canada en un quart de siècle. La question de la pertinence des élections ne se pose pas. Il vaudrait mieux y aller, donc, mais elles ne sont pas inévitables.

Ne cherchez pas, cependant, du côté des libéraux de Michael Ignatieff pour accepter ou trouver un compromis permettant d'éviter des élections. Les libéraux, pour le meilleur comme pour le pire, ont fait leur lit. Ils sont au plus bas dans les sondages, ils ne sont pas très riches, ils sont en pénurie de candidats-vedettes et, ce qui n'arrange rien, nourrissent eux-mêmes des doutes quant aux capacités politiques de leur chef.

Tant pis, à défaut d'enthousiasme débordant ou de grande confiance, ils sont résignés, quand ils ne tombent pas carrément dans la pensée magique en disant que les sondages ne veulent rien dire (je ne l'avais jamais entendue, celle-là...).

Jean Chrétien disait que la seule façon de s'en sortir quand on s'est peinturé dans le coin, c'est de marcher dans sa peinture. Soit, mais M. Ignatieff en a beurré tellement épais depuis quelques mois qu'il risquerait de se noyer dans sa peinture.

Le Bloc aussi est visiblement prêt, pressé même, de repartir sur le chemin de la guerre. Déjà, la semaine dernière, le Bloc a envoyé aux médias les détails chiffrés des «forfaits» de couverture et de logistique de campagne. Il y a un petit moment déjà que l'on sent les émanations de diesel de l'autocar de Gilles Duceppe.

Les sondages sont excellents, les troupes prêtes et nanties, l'«effet Colisée» devrait favoriser le Bloc et l'insatisfaction des Québécois envers la mouvance fédéraliste (y compris contre le gouvernement de Jean Charest) joue en faveur de Gilles Duceppe, dont ce sera la sixième campagne.

Seule l'annonce par Ottawa d'un règlement sur l'harmonisation de la taxe de vente (et le chèque de 2,2 milliards qui devrait l'accompagner) pourrait inciter le Bloc à appuyer le budget Flaherty. Ce scénario demeure toutefois improbable.

À Québec, la semaine dernière, l'entourage du ministre des Finances, Raymond Bachand, affirmait que tout est en place pour l'annonce d'un règlement... sauf la volonté politique des conservateurs. Stephen Harper, dit-on à Québec, préfère garder cette carte dans sa poche et la sortir pendant la campagne, ce qui serait beaucoup plus payant, électoralement, pour lui.

Chose certaine, le Bloc pourrait difficilement rejeter un budget contenant une telle entente. À moins, bien sûr, que les conservateurs y cachent une autre «pilule empoisonnée».

Toutes ces supputations prébudgétaires nous ramènent donc au NPD et à son chef, Jack Layton, détenteur ultime de la balance du pouvoir.

Pari risqué pour M. Layton: s'il laisse passer le budget, on dira qu'il s'est fait acheter pour un plat de lentilles après avoir demandé beaucoup plus; s'il renverse le gouvernement, il part en campagne en mauvaise posture.

Jack Layton peut «sauver» le gouvernement, mais en réalité, c'est plutôt de sa propre survie qu'il devra se soucier cette semaine.

On dit aussi que M. Harper a besoin d'au moins un parti pour éviter des élections. C'est vrai, mathématiquement, du moins. Politiquement, toutefois, le chef conservateur est maître de sa propre destinée, comme on dit en langage sportif à l'approche des séries.

S'il veut vraiment continuer à gouverner, comme il le dit, il peut, comme on vient de le voir, obtenir l'appui du Bloc ou celui du NPD sans trop de mal.

Sachez toutefois qu'au bureau de M. Harper, on a déjà fait des plans pour une petite visite du premier ministre au gouverneur général, samedi matin.

On n'est jamais trop prudent...

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca