Peut-être était-ce pour tenter de combler le vide - eh oui! encore le vide - autour du Plan Nord, mais Jean Charest en a mis beaucoup, beaucoup dans son cinquième discours inaugural.

Mis à jour le 24 févr. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

Trop? Oui et non.

Trop de petites mesures, d'annonces accessoires et sectorielles qui n'ont rien à voir avec les grandes orientations d'un gouvernement, mais trop peu de précisions sur ce que l'on attend depuis déjà longtemps. Et le silence presque complet sur le sujet de préoccupation no 1 des Québécois: l'éthique et la probité de nos institutions publiques, de Montréal et de l'industrie de la construction.

Non pas que les priorités énoncées dans le discours - éducation, emploi, ressources naturelles, développement durable et santé - ne soient pas les bonnes ou que certaines annonces très ciblées ne soient pas valables, mais avait-on besoin d'un discours inaugural pour suggérer d'instaurer le vouvoiement dans les écoles? Ou pour acheter des shorts et des maillots pour les futures équipes sportives des écoles secondaires? Ou pour équiper les classes de tableaux blancs interactifs, un outil techno qui risque fort de devenir le symbole d'un discours inaugural plein de bonnes intentions, mais dépourvu de plan d'ensemble pour relancer le Québec et, accessoirement, ce gouvernement?

La plupart des annonces contenues dans ce discours auraient fait de bons éléments d'un programme électoral, mais cela ne suffira vraisemblablement pas à relancer un gouvernement usé par huit ans de pouvoir et souffrant d'un grave déficit de confiance.

Même la chambre de commerce de Montréal, généralement prompte à applaudir le gouvernement Charest, espère «que les actions rapides suivront». La chambre de commerce aurait pu ajouter: «Cette fois.»

Derrière quelques promesses tape-à-l'oeil, on évite le grand sujet de préoccupation collective, on écarte l'idée d'un moratoire réclamé par la majorité dans l'exploitation du gaz de schiste et on repousse encore une fois LE plan attendu.

On saupoudre, toutefois. Beaucoup. Des annonces non chiffrées, d'ailleurs, lancées en vitesse et qui ont bien peu de chances de se concrétiser, selon les milieux concernés.

On dirait que le premier ministre, finalement, vient de réaliser qu'il est dans le pétrin, qu'il a regardé avec angoisse le calendrier et qu'il a donné l'ordre à tous ses ministres de lui trouver des trucs à mettre sur la table.

Prenez les fameux tableaux interactifs, par exemple. Bonne idée, ont dit syndicats et enseignants, mais ce n'est vraiment pas une priorité. Et puis, ont fait remarquer des maires des régions, bien des villages et petites municipalités ne sont toujours pas branchés!

Idem pour l'immersion en anglais en 6e année du primaire. Nous n'avons pas les ressources humaines et financières pour mettre ce plan à exécution. Et puis va pour plus d'anglais, mais que fait-on pour renforcer l'enseignement du français au trop grand nombre d'élèves qui arrivent encore aujourd'hui à l'université sans être capables de réussir une dictée de 5e secondaire?

Sans oublier le Plan Nord, cette idée grandiose et ambitieuse qui fait saliver les étrangers, nous dit Jean Charest. Si seulement nous savions de quoi il s'agit, peut-être pourrions-nous partager cet enthousiasme. D'autant plus que le premier ministre nous fait miroiter des milliards de dollars et des dizaines de milliers d'emplois...

Pour le moment, Jean Charest convie les Québécois au plus grand chantier de l'histoire du Québec en leur demandant d'attendre encore pour les détails.

Jean Charest nous promet par ailleurs un nouveau régime d'exploitation et de redevances pour le gaz de schiste, mais, encore là, il reste très vague. Sans compter qu'il devance le BAPE, dont le rapport est attendu lundi, et annonce que Québec ira de l'avant.

M. Charest veut verdir la pilule en parlant de voitures électriques, de bornes de recharge et d'électrification des transports collectifs, mais ce passage au vert est, pour le moment, plus vague que vert.

On se lancera aussi dans l'aventure pétrolière, nous dit le premier ministre, sans plus de précision. Il faut vraiment avoir la foi, ce qui, malheureusement pour Jean Charest, est ce qui manque le plus aux Québécois.

L'omission volontaire des débats éthiques, le silence sur la confiance des citoyens dans les institutions politiques, les lourds soupçons de corruption dans le domaine de la construction et les affaires pitoyables à l'hôtel de ville de Montréal ne feront rien pour rétablir le courant entre la population et ce gouvernement.

À peine 15 mots dans ce long discours inaugural pour dire que le gouvernement protège l'intérêt public et le régime de droit.

Ce que ce discours inaugural dit sans le dire, c'est que Jean Charest ne veut plus entendre parler d'enquête sur le secteur de la construction. Il juge en avoir fait assez en créant l'Unité permanente anticorruption, qui n'a toujours pas de chef et qui peinera à trouver des Indiens parmi les procureurs dégoûtés du sort que leur a réservé Québec.