Dans les milieux du football universitaire canadien, on raconte que si les Carabins de l'Université de Montréal avaient un quart-arrière à la hauteur du reste de l'équipe, ils seraient très redoutables.

Ronald King LA PRESSE

Le nouvel entraîneur-chef Danny Maciocia s'est tout de suite attaqué au problème et il a maintenant huit candidats au poste, dont le vétéran Alexandre Nadeau-Piuze, le partant de l'an dernier qui a connu des hauts et des bas.

Parmi les autres prétendants, le cas de Yan Cyr est particulier. Originaire de Laval, ancien quart du Collège Champlain à Lennoxville, il a ensuite disparu pendant trois ans pour réaliser un rêve.

«J'ai envoyé mon CV un peu partout aux États-Unis et j'ai obtenu des réponses. J'ai commencé à jouer quand j'étais tout petit avec les Blues de Chomedey. J'ai mis beaucoup d'efforts et de travail là-dedans. Je rêvais de jouer aux États-Unis et je l'ai fait.»

La Californie

Cyr a d'abord commencé en Californie, dans un junior college, le temps d'obtenir le crédit qui lui manquait pour passer à l'université.

J'aime bien les jeunes athlètes qui sortent des sentiers battus. Cyr avait des offres des Carabins, des Redmen de McGill et du Vert et Or de Sherbrooke. Mais il a choisi l'aventure, à 19 ans.

«Cette expérience va me suivre toute ma vie. Je suis arrivé seul dans un endroit où je ne connaissais personne. Ce n'est pas facile, il faut s'adapter, il y a des moments durs à traverser. Mais je ne regrette rien. Ça m'a fait évoluer.

«J'ai beaucoup aimé vivre en Californie. Le climat est formidable et les gens sont accueillants. Au début, j'avais du mal à comprendre leur accent.»

À son arrivée au collège Hartnell à Monterey, Cyr a obtenu le poste de partant, il a été choisi dans la première équipe d'étoiles et a récolté une série de ces honneurs dont les Américains sont friands: All State, All Conference, une mention honorable pour un titre de All American.

Il était temps de passer à la NCAA et il a déménagé à Cleveland, dans l'Ohio, dans une équipe universitaire de deuxième division.

«Ça ne s'est pas très bien passé. Il y avait des conflits dans l'équipe, du favoritisme et je n'ai pas toujours joué, même si j'allais très bien sur le terrain. Et puis je n'ai pas été impressionné par la ville de Cleveland.»

Voici notre homme de retour chez lui, pour les bonnes raisons.

«Je suis revenu pour m'occuper de ma mère qui a des problèmes de santé. Je vis avec elle et ma soeur à Chomedey.»

Et pour retrouver Geneviève, sa copine des six dernières années. «Elle est restée ici pendant mes trois années aux États-Unis. Elle étudie à McGill. Mais elle venait me voir à tous les mois, même en Californie.»

Ne me dites pas que vous n'êtes pas un peu ému, à quelques jours de la Saint-Valentin...

L'effet Maciocia

«Ma mère m'avait appris que Danny Maciocia avait remplacé Marc Santerre chez les Carabins. Je trouvais que le timing était bon. J'ai contacté Claude Juneau, un de ses assistants que je connais. Il m'a arrangé un rendez-vous avec Danny. Ils m'avaient vu sur des films que je leur ai envoyés.

«J'ai rencontré Danny dès mon arrivée à Montréal et il m'a tout de suite inspiré confiance. Il m'a mis à l'aise. Je voulais jouer pour lui et j'ai dit oui le jour même.

«Danny m'a dit que les Carabins repartaient à zéro, que tout le monde avait la chance de décrocher un poste. Je connais déjà une vingtaine de Carabins, des anciens coéquipiers et adversaires.

«Je suis prêt. Il me reste deux années d'admissibilité et je ne veux pas les passer sur le banc.

«Je pense que Montréal a tout pour devenir une puissance au Canada. Et puis le nom de Danny Maciocia est très attirant pour un footballeur qui voudrait poursuivre sa carrière chez les pros. Il sait ce qu'il faut faire et il a des contacts. D'autres joueurs vont vouloir jouer à Montréal.»

À 6'1 et 200 livres, Cyr a le physique de l'emploi. Est-il un passeur ou bien un coureur?

«Les deux.»

Un bon bras ou un bras puissant?

«Un bras puissant.»

Comment Yan Cyr se voit-il dans 10 ans?

«Bonne question. Je n'y ai jamais pensé. Pour le moment, je veux jouer au football le plus longtemps possible. Je suis inscrit aux HEC et je me vois en administration. Et après, je vois une petite famille. Mais pour le moment, je pense football.»

Quelque chose me dit qu'il faudra surveiller ce jeune homme confiant, débrouillard et fonceur au prochain camp des Carabins.