Si Jean Charest croyait que la pause des Fêtes permettrait à son gouvernement de repartir à neuf en 2011, il va être déçu.

Publié le 19 janv. 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

En fait, la nouvelle saison politique commence exactement comme la précédente s'est terminée: nouvelles révélations troublantes sur l'industrie de la construction et demande -ça y est, c'est reparti de plus belle!- de création d'une enquête publique sur ce joyeux milieu. Le supplice de la goutte recommence pour les libéraux de Jean Charest.

La première salve de l'année est venue hier, sur les ondes de Radio-Canada, d'un témoin privilégié et elle risque de faire mal. Yves Mercure, président démissionnaire du turbulent syndicat FTQ-Construction, a affirmé au collègue Alain Gravel que le crime organisé a infiltré son organisation. Peut-être même jusqu'aux dirigeants, ajoute-t-il.

Les libéraux pensaient sans doute que le rapport Bastarache, dévoilé cet après-midi, allait faire diversion sur les affaires louches dans le domaine de la construction et que ses conclusions, pas trop méchantes, donneraient à leur chef un petit répit. Eh non! C'est plutôt la construction qui viendra, encore une fois, chasser la nomination des juges pour ramener dans l'actualité l'«autre» enquête, celle que tout le monde réclame et que le gouvernement s'obstine à ne pas déclencher.

Yves Mercure n'est pas le premier dirigeant de la FTQ, ou d'une autre grande centrale syndicale, à plaider en faveur d'une commission d'enquête. Il est le premier toutefois, nuance importante, à en réclamer une non pas pour dissiper les doutes et les soupçons mais, au contraire, parce qu'il veut que l'on débusque les «croches» acoquinés au crime organisé.

M. Mercure ne souhaite pas une enquête publique seulement pour blanchir son institution; il dit lui-même qu'elle est corrompue, peut-être même jusqu'à sa tête.

«Ça existe à tous les niveaux, a-t-il déclaré à Radio-Canada. Au niveau des entreprises, il y en a dans toutes les associations syndicales, c'est certain. On dit que certains dirigeants du syndicat de la FTQ-Construction, c'était proche. Possible.»

Lorsque le président de la FTQ, Michel Arsenault, s'est résigné, l'automne dernier, à joindre sa voix au choeur qui réclame une enquête publique au gouvernement, il a nié toute mauvaise pratique au sein de son organisation et n'a pas fait de référence au crime organisé. M. Arsenault disait seulement vouloir une enquête publique parce que les affaires qui secouent le monde de la construction éclaboussent tous ceux qui y sont liés. En entrevue avec mon collègue Francis Vailles, en décembre, il ajoutait que les médias n'«avaient pas toujours joué franc-jeu» et que les allégations dans le domaine de la construction étaient devenues une «téléréalité».

Selon Yves Mercure, dont le véhicule a été la cible d'une attaque à la bombe incendiaire en juin dernier chez lui à Le Gardeur, la «téléréalité» est bien réelle. Il quitte la FTQ-Construction en déplorant le climat de «chicane». Les «gars» de la construction étant familiers avec les «chicanes», les gros bras et les débats musclés, il faut que l'atmosphère soit vraiment pourrie pour que le boss de la FTQ-Construction soit dégoûté au point de partir.

«J'aurais cru que (l'opération) Marteau aurait été plus rapide pour détecter les entreprises qui fraudent le système», a-t-il encore dit au Téléjournal.

M. Mercure va plus loin, il s'aventure sur le terrain miné du triangle FTQ-Fonds de solidarité de la FTQ-entrepreneurs, en affirmant aussi que la FTQ doit «tout simplement reprendre ses souliers de syndicaliste et non pas de businessman». Ça doit maugréer aux étages supérieurs de la grosse tour sur Crémazie...

Collusion, copinage, crime organisé, enquêtes policières trop lentes et nécessité d'une enquête publique... En vidant son sac, Yves Mercure n'étale que des évidences, diront certains. Peut-être, mais aux dernières nouvelles, le gouvernement refuse toujours de voir cette évidence.

Jean Charest commence 2011 comme il a fini 2010: un peu plus isolé chaque jour.