Il est fort possible, à voir les sondages et la profondeur de l'impopularité des libéraux de Jean Charest, que le Parti québécois remporte les prochaines élections et que Pauline Marois devienne ainsi la première femme premier ministre du Québec.

Publié le 6 déc. 2010
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Il est fort possible, à voir les sondages et la profondeur de l'impopularité des libéraux de Jean Charest, que le Parti québécois remporte les prochaines élections et que Pauline Marois devienne ainsi la première femme premier ministre du Québec.

Ce n'est pas fait, parce que Mme Marois a une double bataille à mener. Elle doit s'imposer dans son parti et empêcher celui-ci de se lancer dans une surenchère référendaire. Elle doit également gagner le coeur de la population.

Il est clair que Mme Marois et son parti ne réussissent pas à récupérer pleinement les bénéfices de l'impopularité record du gouvernement libéral. Les libéraux sont au plus bas, à peine 16% des gens sont satisfaits du gouvernement Charest. Mais les Québécois n'expriment pas pour autant un engouement à l'égard du PQ et de son chef. À peine 20% des répondants à notre dernier sondage CROP estiment que Pauline Marois ferait le meilleur premier ministre, pas loin devant les 13% de Jean Charest.

Pourtant, Mme Marois a une feuille de route imposante, elle a été une ministre très compétente à la tête de ministères majeurs - Trésor, Finances, Santé, Éducation. Dans sa carrière politique, elle a fait preuve de pragmatisme et de sens de l'équilibre.

Qu'est ce qui ne va pas, alors? Je ne crois pas que c'est une question d'image, de traits de personnalité. Une partie de la réponse tient au rôle ingrat d'un chef du Parti québécois, dont un grand nombre d'interventions publiques sont liées aux débats internes du parti et à la marche vers la souveraineté, et qui doit à la fois faire preuve de ferveur et de détermination pour mobiliser les militants et à la fois de modération pour rassurer les électeurs, un double discours qui sonne invariablement faux.

Mais le principal problème de Mme Marois, c'est la façon dont elle a conçu son rôle de chef de l'opposition. L'opposition péquiste est efficace. Elle est souvent offensive, hystérique même. Cela permet sans doute de marquer des points contre le gouvernement, mais cette indignation permanente, ces sorties enragées tombent sur les nerfs de bien du monde et projettent bien davantage l'image de militants que de politiciens à qui l'on veut confier un gouvernement.

Et ça peut jouer de très mauvais tours. On l'a vu dans le dossier de la corruption. Les attaques dans tous les sens de l'opposition péquiste, l'amalgame, la dénonciation de la commission Bastarache, ont eu un effet boomerang et ont contribué à augmenter le cynisme envers l'ensemble de la classe politique, PQ y compris.

Cependant, la conséquence la plus lourde, c'est qu'à regarder l'opposition péquiste aller, on peut se demander ce qu'elle ferait si elle prenait le pouvoir. Le PQ s'oppose aux mesures prises par le gouvernement pour revenir à l'équilibre, dénonce la hausse de la TVQ, est contre une hausse des tarifs d'Hydro, appuie un moratoire sur le gaz, dénonce de façon irresponsable des contrats parfaitement normaux d'Hydro-Québec, s'attaque d'une façon qu'on n'avait jamais vue aux dirigeants des sociétés d'État.

Quelle genre d'acrobaties Mme Marois et son équipe devront-ils faire pour se recentrer, s'ils forment le prochain gouvernement? Nous savons tous que ce parti n'est pas gauchiste, que sur une foule de dossiers - énergie, finances publiques, création de richesse, santé -, les péquistes ne sont pas loin des libéraux qu'ils veulent déloger. Mais ça ne paraît pas pour l'instant.

Il est plus que temps que l'opposition péquiste adopte une ligne de conduite et des positions qui soient compatibles avec les fonctions qu'elle souhaite occuper. Et le défi de Mme Marois, c'est de commencer à se comporter comme le futur premier ministre qu'elle veut devenir.