Le Conference Board du Canada a lâché une petite bombe avec une étude qui affirme que le déficit budgétaire du gouvernement du Québec atteindra 45 milliards dans 20 ans. Pour combler un tel trou, l'organisme de recherche calcule qu'il faudrait faire passer la TVQ de 7,5% à 19%!

Publié le 24 nov. 2010
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Le Conference Board du Canada a lâché une petite bombe avec une étude qui affirme que le déficit budgétaire du gouvernement du Québec atteindra 45 milliards dans 20 ans. Pour combler un tel trou, l'organisme de recherche calcule qu'il faudrait faire passer la TVQ de 7,5% à 19%!

J'ai trouvé cette étude parfaitement détestable. Pas parce que je suis insensible à l'impasse dans laquelle se trouve nos finances publiques. Bien au contraire. La situation budgétaire du gouvernement du Québec est extrêmement sérieuse. C'est le principal problème auquel seront confrontés les élus dans les années à venir: des choix difficiles à faire accepter, des réformes difficiles à mettre en oeuvre.

Mais l'organisme de recherche contribue très mal à ce débat. L'étude est un exercice mécanique qui repose sur une hypothèse politique, celle que le gouvernement du Québec ne fera absolument rien pour contrôler ses dépenses. Et qui explore un scénario franchement absurde, une hausse colossale de la TPS pour régler le problème.

On comprend les motivations du Conference Board. On a voulu conscientiser le public aux énormes conséquences de l'inaction. Faire peur au monde pour les réveiller. Mais ça tombe à plat. Parce que c'est trop gros. Et que le vrai débat n'est pas là. L'important, c'est de se demander ce qu'il faut faire pour que ce scénario de catastrophe n'arrive pas.

Les calculs économiques du Board sont certainement rigoureux. Ils reposent sur le fait que la croissance économique sera plus faible qu'avant, à 1,6% par année, notamment en raison du ralentissement démographique. Par conséquent, les revenus de l'État croîtront moins rapidement. Par contre, les dépenses continueront de grimper, à un rythme annuel de 5,1%, surtout à cause de la santé. Et c'est ce déséquilibre entre la croissance des revenus et celles des dépenses qui creusera progressivement le déficit, qui atteindrait 24,3 milliards en 2025-2026, et 45,2 milliard en 2030-31.

Ce n'est pas nouveau. Les quatre économistes qui conseillaient le ministre des Finances, Raymond Bachand, pour son budget ont dit exactement le même chose. Leur scénario de statu quo était même plus pessimiste et prévoyait un déficit de 31,4 milliards à l'horizon 2025.

Mais le ministre Bachand a écouté en bonne partie ses conseillers, et présenté un budget brutal qui repose justement sur un contrôle des dépenses, pour les ramener à 2,9 % cette année, à 2,2% les trois prochaines années, et à 3,9% par la suite. Y arrivera-t-il? Ce n'est pas fait. On peut raisonnablement se demander si le gouvernement atteindra ses cibles.

Mais l'hypothèse implicite de l'organisme, c'est que, sauf pour cette année, l'échec sera total, qu'il n'y aura pas de contrôle des dépenses, que celles-ci continueront à grimper comme s'il n'y avait pas de budget, pas de mesures d'austérité, pas de compressions. Cette hypothèse, qui n'est ni documentée, ni expliquée, même si elle est au coeur de l'étude, est franchement fantaisiste. Il est possible que le gouvernement Charest ne réussisse pas à réduire les dépenses autant qu'il le prévoit. Mais il n'est pas réaliste de croire qu'il échouera sur toute la ligne. Pour cette raison, les projections du Conference Board tombent à plat.

Si l'organisme avait voulu faire oeuvre utile, il aurait pu proposer des pistes pour aider nos gouvernements, quels qu'ils soient, à freiner la croissance des dépenses dans les années à venir, à définir autrement le rôle de l'État, à transformer le système de santé, à faire accepter aux citoyens de nouvelles règles du jeu. Et il n'aurait pas perdu de temps avec cet exercice ridicule, tant aux plan politique qu'économique, qui consiste à calculer la hausse de TPS nécessaire pour assurer l'équilibre budgétaire.