Il y a 10 jours, nous avons demandé à nos lecteurs de choisir leur chanson du Canadien de Montréal préférée, parmi 63 chansons québécoises francophones composées entre 1930 et 2010. Une oeuvre s'est clairement démarquée : Le but, de Loco Locass, qui a reçu près d'un vote sur cinq. Rencontre avec Biz, du trio hip-hop. (NDLR)

Ronald King LA PRESSE

La chanson préférée des lecteurs de La Presse en ce qui concerne le Canadien a donc été écrite en partie par un gars de Québec et un fervent partisan de Peter Stastny et des Nordiques... C'est un peu comme White Christmas qui a fait le tour du monde et qui a été composée par un Juif qui n'a jamais fêté la Noël.

«Quand les Nordiques ont disparu, j'ai abandonné le hockey pendant longtemps, j'ai fait un long deuil. Mais j'habite maintenant à Montréal et pour m'intéresser au sport, il me faut une équipe à suivre. Je suis maintenant un partisan du Canadien. J'étais veuf et je me suis remarié avec une nouvelle épouse. Ç'a été comme un acte de foi, j'embrassais l'ennemi.»

Sébastien Fréchette, Biz pour les intimes, c'est-à-dire la moitié du Québec, a mis deux ans et demi, avec ses collaborateurs de Loco Locass, pour accoucher de Le but, que nos lecteurs, dans un vote sur internet, ont préférée à 62 autres chansons sur le Canadien.

«C'est la chanson qui nous a demandé le plus de temps. On a longtemps réfléchi à sa structure. On ne voulait pas refaire les autres chansons, on voulait être originaux, intemporels. Le but de Le but était d'encourager les partisans à encourager l'équipe.

«En Europe, les partisans d'équipes de soccer ont une multitude de chansons. Une pour chaque situation. C'est donc normal que le Canadien ait des chansons à lui.

«On voulait aussi apporter du renouveau sonore au Centre Bell. Entre YMCA et les Rolling Stones, on pourrait insérer Le but pour faire changement et local.»

Silence au Centre Bell

Les choses ne se sont pas passées comme Biz l'aurait souhaité. Le Centre Bell a d'abord boudé Le but, jusqu'à ce que la CBC, et Don Cherry, imaginez-vous, l'adoptent avec enthousiasme.

«C'était vraiment étrange. Don Cherry vantait la chanson. Mais c'est bien, nous aimons les chansons anglaises aussi. Sur iTunes, les commentaires d'anglophones sont élogieux pour Le but. Ils aiment le rap en français. La musique transcende les langues. Je suis surpris et content. Il faut être soi-même et écrire des bonnes tounes. Pas de masque...»

Le patron du marketing chez le Canadien, Ray Lalonde - Biz insiste pour l'appeler Raymond -, n'a jamais répondu aux nombreux appels de Loco Locass.

«Lorsqu'ils ont finalement fait jouer Le but, c'était, si je ne me trompe pas, pendant les commerciaux. Les téléspectateurs de l'entendaient pas. J'aurais préféré qu'ils me disent qu'ils refusaient de présenter une chanson écrite par un groupe souverainiste. J'aurais compris et j'aurais trouvé ça plus honnête.

«Je n'ai rien demandé, j'ai lancé une bouteille à la mer et des groupes Facebook ont fait pression. Je pensais qu'il y avait moyen de trouver une petite place pour Le but, mais je n'ai rien dit.

«Et puis, je crois que les partisans des Bruins, par exemple, aiment entendre autre chose que ce qu'on joue aux matchs à Boston.»

Biz est fan du Canadien, mais seulement des joueurs qu'il voit sur la patinoire.

«Je ne comprends pas la direction du Canadien, dont la clientèle est à 80% francophone, de ne pas plus québéciser son organisation et son équipe. Je ne suis pas un fan du deuxième étage.»

L'amateur de sport

Biz n'arrête pas beaucoup. Lui et sa compagne ont maintenant deux bébés. Un garçon et une fille.

Quelle est la différence?

«Ma fille est beaucoup plus portée sur les rapports sociaux que mon fils à son âge. Mon fils est plus intéressé par les objets que les gens. Si on donne un objet à ma fille, elle s'intéresse à la personne qui le lui a donné. Mon fils prend l'objet et joue avec...»

On peut même dire que ce grand amateur de sport - de boxe et de football de la NFL surtout - a un troisième bébé: il s'implique en grande vitesse dans l'organisation d'un tournoi de hockey de quatre nations, le Québec, la France, l'Italie et la Suisse, qui comprendrait aussi des volets culturels et des échanges musicaux.

«Ça serait au moment des camps d'entraînement. On ne dérangerait pas les équipes.»

Grosse commande, si vous voulez mon avis. Il faudra convaincre beaucoup de monde et des gens pas toujours ouverts d'esprit.

À suivre.

Pour le moment, la direction du Canadien ne peut plus ignorer Le but de Loco Locass. Ses fans l'adorent.

Enfin, Biz, m'en veux-tu encore, même si j'avais dénigré la chanson, le printemps dernier?

«Mais non, tu as eu l'ouverture d'esprit de revoir ta position et ça m'a permis de te connaître autrement que dans le journal.

«Et puis, il nous fallait un pot pour mettre toutes nos fleurs...»