Le ridicule a été évité, mais à moitié seulement. Grâce aux pressions déployées dans les coulisses par plusieurs pays, dont le Canada, l'Iran n'a pas été admis au conseil d'administration d'une nouvelle agence de l'ONU vouée à la promotion des droits des femmes.

Publié le 11 nov. 2010
Agnès Gruda
Agnès Gruda LA PRESSE

Le régime de Téhéran est l'un des plus répressifs à l'égard des femmes. Aux dernières nouvelles, il a toujours l'intention d'exécuter une femme pour crime d'adultère! Or, il y a encore quelques jours, l'Iran était assuré de siéger au conseil de l'ONU-Femmes, une nouvelle instance qui rassemble sous un même parapluie tous les dossiers reliés à la condition féminine. Et qui est dirigée par l'ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet.

C'est que dans le système électoral complexe des Nations unies, la région de l'Asie, qui inclut l'Iran, a droit à 10 des 41 sièges du conseil de la nouvelle agence. Et comme il y avait précisément 10 pays candidats, l'affaire était pour ainsi dire dans le sac.

C'était sans compter avec la candidature de dernière minute du Timor-Oriental, qui a forcé la tenue d'un vote et a barré la route à Téhéran. L'aberration annoncée n'a pas eu lieu. Mais il y en a eu une autre. L'Arabie saoudite, qui affiche un dossier tout aussi noir quant à la condition des femmes, a pu, elle, entrer au conseil sans même soumettre sa candidature à un vote. Il faut dire que le richissime royaume s'est montré très généreux à l'égard de l'ONU. Il a largement contribué à un fonds destiné à des projets de développement visant les femmes. Et il a pu ainsi se classer dans la catégorie des postes réservés à des «donateurs non traditionnels».

«L'Arabie saoudite a carrément acheté son siège à l'ONU-Femmes», résume Marianne Mollmann, responsable des droits des femmes à Human Rights Watch. Et il n'y avait rien à faire pour l'en empêcher.

Pourtant, l'Arabie saoudite n'est pas très loin derrière l'Iran à l'échelle de la discrimination. À certains égards, elle le devance même.

Légalement, les Saoudiennes sont considérées comme des mineures qui ont besoin de l'autorisation d'un tuteur mâle pour travailler, voyager, étudier, se marier, se présenter devant un tribunal et même obtenir des soins médicaux.

Au début de l'année, une adolescente a été condamnée à la flagellation publique. Son crime? Apparemment, elle aurait apporté un téléphone muni d'une caméra à l'école. Dans leur obsession de séparer les deux sexes, les autorités religieuses saoudiennes viennent de publier un avis interdisant aux femmes de travailler comme caissières - parce qu'elles risqueraient de croiser des hommes. Et mettant à profit les progrès technologiques, le gouvernement offre un service d'avertissement SMS aux hommes dont la femme aurait quitté le pays.

Bref, ce système d'infantilisation systématique va bien au-delà de l'interdiction de conduire une auto, l'exemple le plus souvent cité, et qui est toujours en vigueur.

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Voir l'Arabie saoudite siéger au sein d'une organisation qui ne peut que désapprouver les fondements mêmes de son régime discriminatoire, c'est choquant. D'autant plus que le gouvernement saoudien risque de se servir de cette nomination pour se donner bonne conscience, craint Marianne Mollmann.

Un peu comme à l'époque où la Libye avait dirigé l'ancienne Commission des droits de l'homme, les critiques de l'ONU peuvent s'en servir pour discréditer l'organisation et saper l'autorité d'agences dirigées par des pays qui sont les pires élèves, dans leur propre champ d'expertise.

Faut-il alors changer les règles de composition de toutes ces agences onusiennes? Tracer un seuil en deçà duquel certains pays n'auraient pas le droit de s'asseoir à certaines tables? Mais où passerait cette ligne? Et qui la tracerait? En vertu de quelle autorité? Quels pays sont plus blancs que blancs en matière de respect des droits? Les États-Unis, dont l'ex-président admet avoir autorisé la torture et refuse de s'en repentir?

Il n'y a pas de formule parfaite, ni de réponse satisfaisante à ces questions. Voilà pourquoi, tout en constatant que la présence de l'Arabie saoudite au conseil de l'ONU-Femmes est cruellement ironique, des organisations telles que Human Rights Watch et Amnistie Internationale ne voient pas comment changer les règles du jeu, sans créer de nouvelles aberrations.

Tout compte fait, mieux vaut inclure qu'exclure, concluent-elles, en gros. À la table de l'ONU-Femmes, l'Arabie saoudite devra, de temps en temps, rendre des comptes. Elle subira des pressions pour réaliser certaines de ses promesses en matière de droits des femmes. Ce n'est pas beaucoup, mais c'est toujours ça...