Peut-être y aura-t-il du gaz dans l'eau au Québec si l'exploitation du gaz de schiste n'est pas correctement encadrée. Mais pour l'instant, il y a certainement de l'eau dans le gaz.

Alain Dubuc, collaboration spéciale
Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

La nouvelle qu'a publiée samedi La Presse, sous la signature de mon collègue Charles Côté, était proprement stupéfiante. En Colombie-Britannique, l'industrie du gaz de schiste a versé en deux ans 1,5 milliard de dollars de redevances au gouvernement, seulement pour avoir le droit d'explorer le sous-sol. Au Québec, en deux ans, le gouvernement n'a recueilli que 3,5 millions. Le Québec exige des redevances de 10 cents l'hectare, 50 cents au bout de six ans. En Colombie-Britannique, avec un système d'enchères, c'est 1000$ l'hectare ou même plus.

Il est fort possible que ces comparaisons aient leurs limites, et que cet écart considérable s'explique en partie par des différences entre les deux provinces pour la concentration du gaz, le potentiel économique, la géologie. Mais si tel est le cas, personne, à Québec, ne semblait être capable de l'expliquer. Qu'est-ce que cela suggère? Que le gouvernement du Québec est complètement dépassé par les événements, qu'il ne contrôle rien, qu'il réagit au lieu d'agir.

Je suis pas mal certain que cette paralysie s'explique en bonne partie par des raisons administratives. Dans un ministère comme celui des Ressources naturelles et de la Faune, l'énergie et les mines sont des mondes séparés, avec chacun leur logique et leur culture. Le gaz de schiste est quelque part entre les deux, une source d'énergie - mal connue dans ce pays d'hydroélectricité - et une activité d'extraction de type minier. Le gaz de schiste tombe ainsi dans les craques de l'appareil bureaucratique. En outre, comme nos mines sont souvent dans des régions éloignées, on semble dépassé et mal préparé à des activités d'exploration qui se déroulent dans les champs et les villages.

À l'incurie administrative s'ajoute l'incurie politique. On le voit avec les redevances. On le voit surtout avec une attitude purement réactive où le gouvernement n'est intervenu que lorsque la marmite débordait déjà. Les initiatives de la semaine dernière, les audiences du BAPE, la création de comités, la promesse d'une loi pour l'hiver n'ont été annoncées que quand les expressions d'inquiétude se multipliaient et que le mouvement d'opposition avait pris son élan.

Je suis de ceux qui croient que l'exploitation des gaz de schiste est une chose heureuse pour le Québec. Mais le gouvernement a un rôle important pour que cela se passe bien. Pour encourager le développement. Mais lequel? La ministre Nathalie Normandeau parle de «rendez-vous avec l'histoire», mais on cherche le plan, la stratégie, la vision. Ça va tellement de tous les bords que le ministre du Développement durable, Pierre Arcand, n'a pas été capable d'exclure l'hypothèse loufoque d'une nationalisation.

Le gouvernement a aussi le devoir de faire les arbitrages entre ce développement et la protection de l'environnement. Pour encadrer cette activité nouvelle. Pour protéger les citoyens et les rassurer. Et s'il ne fait pas cela correctement, il compromet le développement.

Bien des gens ont vu Gasland, un véritable film d'horreur sur les ravages que peut faire l'exploitation du gaz de schiste. En toute logique, ça ne devrait pas s'appliquer ici. Le Québec n'est pas le paradis du capitalisme sauvage, mais une société hyper réglementée qui ne forcera pas ses citoyens à acheter leur eau chez Walmart parce que l'eau de leurs robinets prend en feu.

Pour dissiper les doutes, pour que l'exploitation de cette source d'énergie qui inquiète soit possible, pour que cela soit accepté et acceptable, on a besoin d'un gouvernement capable de rassurer, et donc d'un gouvernement qui a les deux mains sur le volant.