Vancouver, les Jeux de Vancouver. J'ai hayiii ce job-là comme jamais aucune autre affectation, aucune autre job dans ma vie.

Mis à jour le 4 sept. 2010
Pierre Foglia LA PRESSE

Il faut dire que j'ai été gâté, côté job. Avant d'être journaliste, j'ai aimé tous mes jobs, la typographie comme un fou, même les quelques mois dans une imprimerie (l'imprimerie Chaix) où, toute la journée, je composais des horaires de chemin de fer, que des horaires de chemin de fer. Du bonheur à côté de Vancouver.

Gâté comme journaliste aussi. L'Irak, Medellin, le Liban en guerre, des paradis à côté de Vancouver. Même ces tours de force qu'ont été tous mes Tours de France. Même les autres Jeux olympiques, tous tuants, même ceux d'Atlanta, si désespérants: de la petite bière à côté de Vancouver.

Les Jeux étaient commencés depuis trois jours seulement, j'ai appelé mon boss à Montréal: Je veux rentrer, boss. J'avais ce ton pleurnichard du ti-cul pour la première fois loin de sa maman dans un camp d'été. S'il te plaît, boss, je veux rentrer.

Mets-moi dans un hôtel à Calcutta avec des coquerelles grosses comme ça, je vais triper comme un malade, je vais avoir envie d'écrire, je vais avoir envie d'embrasser le monde dans la rue, je ne voudrai plus revenir. Mais-mets moi dans un motel sur un boulevard Taschereau avec la fenêtre de ma chambre qui donne sur le parking d'un McDo, j'ai tout de suite envie de mordre quelqu'un.

Trois choses que je ne suis pas du tout: je ne suis pas fête. Je ne suis pas Canada. Je ne suis pas drapeau. Ne m'envoie pas dans une fête où des millions de gens, tous avec des décalques de la feuille d'érable sur les joues, n'arrêtent pas de chanter Ô Canada.

Mais autre chose aussi. Beaucoup plus lourd. Quelque chose qui a plus à voir avec la disneylandisation d'Olympie qu'avec Vancouver.

Tous les soirs, BC Place - c'est un stade de football - accueillait les médaillés de la veille, 25$ le billet, 20 000 personnes. Pour assister à une compétition? Pas du tout. Pour refaire la cérémonie du podium. Trois heures d'hymnes nationaux, de drapeaux qui montent et descendent des mâts, de polices montées en costume d'apparat, un cérémonial complètement détaché de son objet, devenu le cérémonial... d'une cérémonie. L'envie de foncer sur l'estrade, d'arracher le micro à Gregory Charles - il était là aussi et ça n'aidait pas, c'est sûr - et de crier aux gens: z'êtes pas tannés, sacrament, de devenir complètement cons?

Le sport est depuis toujours mon église, ma culture - et jamais la disneylandisation de ma culture ne m'a frappé dans le front comme à Vancouver. De là, sans doute, le fond réel de mon accablement.