Dimanche, il pleuvait, alors j'ai regardé deux films dans lesquels il ne se passe rien. Je sais, cela n'annonce rien de très excitant. Préféreriez-vous: dimanche, il pleuvait, alors j'ai regardé deux documentaires sur l'exploitation du gaz de schiste dans l'arrière-pays mascoutain?

Publié le 24 août 2010
Pierre Foglia LA PRESSE

Devinez combien j'ai reçu de courriels pour ma chronique de samedi, qui traitait justement du gaz de schiste au pays mascoutain? Sept. Excusez-moi d'être précautionneux, je veux m'assurer que vous comprenez bien, ici, que je ne vous fais reproche de rien. C'est juste pour comparer avec les 150 courriels reçus deux jours plus tôt à propos de cette chronique légèrement déjantée sur la poule en milieu urbain. C'est aussi - c'est surtout, en fait - pour relier tout ça à ces grands débats sur l'information que vous aimez tant à Radio-Canada ou à Télé-Québec, où une animatrice songée vous pose cette question: pensez-vous que les médias vous informent correctement?

Nnnon, réagissez-vous spontanément. Les médias divertissent; ils n'informent pas.

Qu'attendez-vous des médias, monsieur, madame?

Des analyses, des enquêtes, des opinions indépendantes, répondez-vous encore.

Vous ai-je déjà dit combien je vous aimais?

Mais revenons à ces films qui parlent de rien. Il y a deux sortes de films qui traitent du rien. Le faux, celui qui prétend parler de rien mais qui ne sait pas comment faire et dans lequel il arrive finalement plein d'affaires. Et le vrai, celui où les choses qui pourraient arriver n'arrivent pas parce que. Parce que rien, justement.

Villa Amalia, c'est le faux. Ça ne fait pas deux minutes que le film est commencé qu'Isabelle Huppert a surpris son mari en train d'embrasser une autre dame. Au même moment, pendant qu'elle regarde son mari embrasser une autre dame, un monsieur tape sur son épaule: tu me reconnais pas? C'est un ami d'enfance, gai. Trouvez pas que ça fait beaucoup en deux minutes dans un film dont le sujet est le grand Rien?

Isabelle Huppert décide de tout quitter - son mari infidèle, sa carrière de pianiste, son appartement, son linge. Elle se fait couper les cheveux et s'en va enfin vers le grand Rien lui-même. Pour arriver où? Le film ne le dit pas, mais ça ressemble terriblement à Capri, à Ibiza, à Mykonos, peut-être la Corse - une île de merde avec sûrement plein de touristes qu'on ne nous montre pas pour nous faire croire que c'est une île déserte avec une vielle cabane, la villa Amalia, aux murs blanchis à la chaux.

La vérité, c'est que le réalisateur, dont j'oublie le nom mais que les critiques ont l'air de beaucoup aimer, n'a pas la moindre foutue idée de ce qu'est le grand Rien. Il n'arrête pas de faire arriver des affaires: Isabelle Machin s'aventure trop loin en mer, elle va être sauvée par une poupoune qui passait en yacht, elle aura une aventure avec la poupoune... Les critiques, même mes préférés, ont adoré ça. Ça doit être parce qu'il n'y a pas de poursuite en voiture ni de Patrick Huard dedans. Je comprends surtout qu'eux non plus n'ont aucune foutue idée de ce qu'est le grand Rien.

Ils devraient me lire plus régulièrement.

Ah oui, l'autre film, le vrai, celui où il ne se passe vraiment rien, magnifique de lenteur, s'appelle Cairo Times, avec Patricia Clarkson, qui est un très belle madame dans la cinquantaine dont la douceur du visage m'a rappelé celui de Françoise Kayler. On doit Cairo Times à une Canadienne, Ruba Nadda. Le rien, c'est exactement ça: une histoire qui pourrait arriver mais qui n'arrive pas parce que. Parce que c'est comme ça, c'est tout.

RETROUVAILLES - Je ne dirai pas avec quelle impatience j'attendais le retour de René Homier-Roy. Il faudrait pour cela que je dise aussi combien m'insupporte son jovialisant et estival remplaçant - mais a-t-on le choix? C'est lui ou les pubs criardes de la radio privée. Bref, j'attendais le vrai, et je l'ai manqué.

J'ai passé tout droit, comme on dit. Quand je me suis levé, tout embrumé, il restait 20 minutes à la première émission de cette nouvelle saison, et tout ce qui m'en est parvenu à travers les brumes, c'est cet intempestif Soleil, du prénom d'une fille de sa nouvelle équipe, Annie-Soleil. Qu'on m'entende bien, la fille elle-même est sûrement formidable, mais c'est ce mot, tellement excessif, Soleil, qu'on va entendre, quoi? Quarante fois tous les matins?

Il me vient tout à coup que je connais une dame, pauvre malheureuse, que ses parents ont nommée Aube. Il se trouve que je connais aussi très, très bien son père, qui m'a confié l'autre jour: si tu savais comme je regrette de ne pas l'avoir appelée Thérèse. Il a ajouté, contrit: il devrait être interdit de donner à ses enfants des noms d'astre qui se lève ou qui se couche.

Aimez-vous ça, Thérèse, René? Vous ne pourriez pas, pour m'accommoder, appeler votre Annie-Soleil Thérèse? Ce serait comme son nom d'artiste; elle resterait un soleil pareil pour sa maman.

NOTA BENE - Cette chronique ne prend pas congé. En fait, c'est le contraire: je m'en vais travailler et je n'aurai pas le temps d'écrire. Je vous retrouve jeudi de l'autre semaine. Je vous aime, vous l'ai-je dit?