Parler du cynisme de l'homme de la rue face à la politique est devenu un sujet de conversation aussi banal que la température. Toutes les causes, même improbables, ont été soupesées. Mais on s'est peu attardé à ce qui crève pourtant les yeux : l'extraordinaire capacité qu'ont certains personnages politiques de lancer des débats oiseux, inutiles, fantaisistes. (Avant le retour du boomerang, nous concéderons que les journalistes ne sont pas non plus manchots en la matière...)

Publié le 24 août 2010
Mario Roy LA PRESSE

Parler du cynisme de l'homme de la rue face à la politique est devenu un sujet de conversation aussi banal que la température. Toutes les causes, même improbables, ont été soupesées. Mais on s'est peu attardé à ce qui crève pourtant les yeux : l'extraordinaire capacité qu'ont certains personnages politiques de lancer des débats oiseux, inutiles, fantaisistes. (Avant le retour du boomerang, nous concéderons que les journalistes ne sont pas non plus manchots en la matière...)

Peut-être tous les politiciens, qu'ils soient du centre, de gauche, de droite ou des extrêmes, sont-ils nés également équipés de ce talent. Mais les formations excentrées, indifféremment à gauche ou à droite, semblent avoir le don de nourrir cette prédisposition.

Ainsi, le week-end dernier, les têtes pensantes du Parti vert du Canada ont, toutes affaires cessantes, examiné avec le plus grand sérieux une motion plaidant la décriminalisation de la polygamie, actuellement passible de cinq ans de pénitencier.

* * *

À la limite, sur le plan strictement légal, ça se discute... à la condition d'oublier que les femmes impliquées dans les relations polygames sont la plupart du temps perdantes sur tous les plans, tant celui de la dignité, que de l'égalité, de la sécurité économique ou de la sécurité tout court. En 2005, un comité juridique mandaté par Ottawa avait recommandé la décriminalisation; mais, confrontée à la réalité, l'idée avait été rejetée.

Cependant, le Parti vert étant ce qu'il est, c'est un ton infiniment plus flyé qu'on a donné au débat.

Ainsi, la candidate verte d'Edmonton-Est, Trey Capnerhurst, dont la biographie précise qu'elle pratique le métier de guérisseuse traditionnelle, a défendu le projet au nom des droits des «polyamoureux».

Elle-même est «polyamoureuse», avoue-t-elle, puisqu'elle aime nouer plusieurs relations intimes en même temps (trop d'information, peut-être?). Et elle soutient que les dizaines de milliers de Canadiens et Canadiennes qui vivent ce type de relations sont discriminés. Par exemple, «des hôpitaux ont comme règle de ne pas permettre la visite de plus d'un conjoint par patient» (Toronto Sun).

Bref, il s'agit de la plus récente catégorie de victimes à apparaître au volumineux martyrologe de la branchouille bourgeoise au coeur saignant!

En atelier, samedi, le débat initial s'est fait en l'absence des cadres du parti. «Où étaient donc passés les adultes?», ironise le journaliste-blogueur torontois Joey Coleman, qui a bien saisi le caractère surréaliste de l'événement.

Selon lui, le Parti vert pourrait regretter cette dérive. Et ce, même si l'affaire a été étouffée dans l'oeuf, dimanche, par un vote rejetant massivement la résolution. Et même si, hier, la soumissionnaire de la résolution (ornée de tout le charabia droit-de-l'hommiste à la mode) a rectifié le tir, affirmant qu'il s'agissait à ses yeux de... protéger les enfants!

Pour sa part, la chef des Verts, Elizabeth May, a semblé un peu déstabilisée.

Et elle le sera encore plus lorsque, avant de s'enfoncer davantage dans le cynisme, l'homme de la rue lui demandera quel nouveau débat existentiel le Parti vert compte-t-il lancer lors de ses prochaines assises...