Ça ressemble presque à un «running gag». S'il existe au Québec une ressource qui pourrait peut-être apporter un peu de prospérité, on peut être presque certain qu'un mouvement va naître pour s'opposer à son exploitation. C'est maintenant au tour de l'uranium. Un métal pour lequel il y a une demande croissante et dont les prix montent assez pour rendre les réserves québécoises intéressantes à exploiter. Et paf! Un grand mouvement pour réclamer un moratoire!

Publié le 23 août 2010
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Ça ressemble presque à un «running gag». S'il existe au Québec une ressource qui pourrait peut-être apporter un peu de prospérité, on peut être presque certain qu'un mouvement va naître pour s'opposer à son exploitation. C'est maintenant au tour de l'uranium. Un métal pour lequel il y a une demande croissante et dont les prix montent assez pour rendre les réserves québécoises intéressantes à exploiter. Et paf! Un grand mouvement pour réclamer un moratoire!

Je ne suis pas un partisan du développement à tout prix. L'industrie minière doit être bien encadrée. À plus forte raison l'uranium, une production que nous ne connaissons pas au Québec et qui suscite des peurs, en raison de la radioactivité. Il va falloir un sérieux débat, et des analyses très complètes avant de se lancer dans ce genre de production.

Mais ce n'est pas cela qui est en train de se passer. Le mouvement d'opposition réclame, dans une pétition remise à l'Assemblée nationale, «un moratoire permanent sur l'exploration et l'exploitation de l'uranium sur le territoire québécois». On assiste, et ce n'est pas la première fois, à une dynamique militante qui cherche à tuer le débat dans l'oeuf avant qu'il ne puisse débuter.

Tout a commencé à la fin de l'an dernier avec une lettre d'une vingtaine de médecins de Sept-Îles qui menaçaient de démissionner parce qu'il y avait des travaux d'exploration sur le territoire de la ville.

Ces médecins ont clairement utilisé la crédibilité de leur profession pour donner du poids à leur démarche. Malgré tout le respect que j'ai pour leur travail, la plupart des médecins ne sont pas des scientifiques, et n'ont pas de compétences particulières dans le domaine minier. De nombreux indices indiquent que leur démarche était plus politique que scientifique.

D'abord parce qu'il y avait une disproportion énorme entre leur geste, une démission en bloc désastreuse pour la région, et l'enjeu immédiat, des travaux d'exploration, qui se déroulent des années et des années avant l'éventuelle exploitation d'une mine, et dont les effets sur la santé, si on en croit la Santé publique, sont parfaitement anodins. Ensuite, en raison de leur ton apocalyptique: «Le problème de la radioactivité lié aux mines d'uranium, lit-on dans la lettre de démission, ne concerne pas seulement la population de Sept-Îles. La multitude de projets en cours au Québec fera en sorte que toute la population de la province sera inévitablement exposée à cette radiation.» On sombre dans la campagne de peur.

En fait, il y a trois niveaux de débat. Le mouvement d'opposition s'oppose à la filière nucléaire tout court, une source d'énergie qui ne produit pas de GES mais qui comporte des risques et qui génère des déchets radioactifs. Doit-on s'opposer à la production d'uranium ici parce qu'on est contre la construction de centrales nucléaires en France ou ailleurs? Là-dessus, il n'y aura certainement pas de consensus.

Le second niveau de débat, ce sont les effets sur la santé de la radiation. Les organismes canadiens de surveillance du nucléaire, les autorités sanitaires de Saskatchewan où l'on produit de l'uranium depuis 50 ans, notre Santé publique concluent que les risques, limités, sont gérables et gérés. Parce que les gens se méfient des vérités officielles, il faudra des expertises indépendantes très poussées. Le troisième niveau, c'est l'impact environnemental des mines, notamment à cause des résidus. En raison de la faible confiance des citoyens envers le monde minier, il faudra de très sérieuses assurances.

Pour aborder ces deux derniers enjeux, ce n'est pas d'un moratoire dont on a besoin, mais d'un processus d'examen complet et crédible de tout le secteur de l'uranium, pour en avoir le coeur net.