Maxim Lapierre sera donc le Québécois de service la saison prochaine avec le Canadien. Bravo, comme le chantait Eddy Mitchell, s'il n'en reste qu'un, ce sera lui.

Réjean Tremblay LA PRESSE

Geoff Molson va lire cette chronique en haussant les épaules. On est au mois d'août, les fefans se languissent de retrouver leurs Habs et les autres, ceux qui aiment également le Canadien, ont déjà payé leur abonnement de saison. Le Centre Bell va être plein et les dollars vont continuer à s'empiler dans les coffres de l'organisation, ce qui est très bien par ailleurs.

Mais divers petits événements qui sont survenus ces dernières semaines devraient faire réfléchir ceux qui sont capables d'aimer le Canadien sans abdiquer tous leurs principes et leur fierté.

C'est un grand comédien québécois qui résumait fort bien la situation actuelle de l'équipe: «Mettons qu'ils sont bien durs à aimer. Mais faut bien leur pardonner, y a juste eux autres.»

Un exemple qui m'a beaucoup troublé. Quand Andrei Markov a reçu sa citoyenneté canadienne et qu'on a commencé à parler de lui comme d'un capitaine, un confrère lui a demandé s'il avait l'intention d'apprendre quelques mots de français. La question était pleinement légitime puisque Markov devenait un citoyen canadien vivant à Candiac. Me semble que le français est la langue officielle de Candiac!

Markov a gentiment répondu qu'il devrait d'abord maîtriser l'anglais qui est la langue de travail du Canadien. Personne n'a insisté.

Sauf qu'un chroniqueur anglophone a varlopé tout ce qui parlait français dans ce pays. D'une façon grossière et puant le colonisateur à gros sabots. Le genre de cochonneries qu'on n'osait plus proférer depuis quelques décennies. Parce qu'on respectait une certaine force des francophones.

C'est malheureusement compréhensible, ces gens voient que le Canadien, une institution très visible, peut abuser à volonté des Québécois et qu'ils vont baisser la tête sans rechigner ouvertement. Et ceux qui attendent depuis des années pour rétablir le Quebec bashing dans le reste du pays, sont certains qu'ils peuvent suivre les traces de la Flanelle.

Ce n'est pas normal que tant de Québécois, souvent partisans du Canadien, disent publiquement qu'ils attendent avec impatience le retour des Nordiques à Québec. En espérant que le Canadien sera enfin obligé de les respecter.

Vous aimez le Canadien. Les politiciens aiment le Canadien. Les artistes aiment le Canadien. Les fédéralistes aiment le Canadien. Les souverainistes aiment le Canadien. Les anglophones juste love the Habs. Et les francophones les adorent eux aussi.

Mais depuis quelques années, le Canadien nuit au fait français dans le pays. Parce qu'on les aime trop, parce qu'on veut les appuyer et les applaudir, parce que la passion qui fait qu'une population se range derrière une équipe sportive est souvent aveugle, on tolère tout de cette organisation.

Les Alouettes, l'Impact, Tennis Canada et tout ce qui fait du sport ou du spectacle au Québec montrent un très grand respect pour la majorité de leur clientèle. Cette majorité, cette clientèle captive, le Canadien peut se permettre de la mépriser et personne n'ose dire un mot pour ne pas froisser les fefans qui votent ou qui abreuvent les divers blogues.

Le signal qui est envoyé au reste du pays, c'est que le français peut être bafoué au Québec et que la population s'en contrefiche. Remarquez que ça se peut que ce soit le cas et alors on vit peut-être une Louisianisation des francophones du Canada. Mais je préfère croire en un abus de pouvoir du Canadien et à une absence totale de conscience sociale. C'est le syndrome de la femme battue. Ray Lalonde et Pierre Boivin savent que leur clientèle est amoureuse, ils savent qu'ils peuvent la bafouer à volonté et qu'elle va en redemander.

C'est dommage. Le Canadien a été fondé il y a 100 ans pour permettre aux Canadiens de langue française de s'exprimer dans leur sport national. Depuis quelques années, c'est devenu un éteignoir pour le hockey québécois. Et on a franchi une nouvelle étape. Maintenant, c'est tout le fait francophone qui est entraîné vers le bas par son arrogance et son mépris.

Reste Maxim Lapierre, centre du quatrième trio... avec un contrat d'un an.

Mais on les aiiiimmmme...

DANS LE CALEPIN - Jean Pascal est très sérieux avant son combat contre Chad Dawson. Certains estiment que c'est de la timidité ou même une baisse de confiance. Je ne crois pas que ce soit le cas. Rien ne garantit que Pascal va battre Dawson, qui est un adversaire haut de gamme. Mais si Pascal perd, ce ne sont pas les discours plus calmes du grand garçon qui auraient fait la différence. Ça va être un fichu bon combat et je serai au Stade à Chicoutimi pour le suivre samedi soir. Mais pour cette heure de boxe, mes amis ne m'en voudront pas si je leur dis que j'aurais préféré être assis près du ring au Centre Bell.