Commode, cette étrange histoire de carte de crédit Petro-Canada, tout de même.

Vincent Marissal LA PRESSE

Après des semaines de pilonnage du ministre Tony Tomassi dans les médias et à l'Assemblée nationale, voilà, pour Jean Charest, un prétexte périphérique aux activités gouvernementales pour le virer.

Périphérique en ce sens que cela s'est passé avant que M. Tomassi soit nommé ministre et que, à première vue, cela ne concernait que lui et son généreux bienfaiteur.

Voilà du moins l'explication que Jean Charest voudra que l'on retienne.

Est-ce, par conséquent, la fin de l'histoire (ou plutôt des histoires) Tomassi?

Pas si sûr.

D'abord, cette carte de crédit est la preuve que le jeune ex-ministre avait, au mieux, un sérieux problème de jugement et, au pire, un code d'éthique élastique. Et des amis empressés de veiller à son bien-être. Des amis dont M. Tomassi prenait bien soin aussi, comme le démontre cette histoire de port d'arme révélée pas mes collègues en page 5.

Parlant de jugement, il semble que le premier ministre lui-même n'ait pas été très curieux à propos de son jeune ministre, arrivé au cabinet, rappelons-le, à la surprise de ses propres collègues députés.

Depuis le temps que des histoires louches éclaboussent M. Tomassi et ses amis (de BCIA en particulier), M. Charest n'a apparemment pas senti le besoin d'en savoir plus, question de se protéger et de protéger son gouvernement.

Malgré le congédiement de M. Tomassi, le gouvernement Charest n'est peut-être pas sorti de l'auberge puisque d'autres affaires pourraient faire surface.

Le Directeur général des élections enquête, l'opposition ne lâchera pas le morceau des garderies et du financement du PLQ, et les liens entre le gouvernement et la firme BCIA, au coeur des problèmes de M. Tomassi, risquent aussi de rebondir.

Les libéraux devraient par ailleurs s'inquiéter de la réaction du clan Tomassi: Tony Tomassi est le fils d'un collecteur de fonds efficace et il est aussi le protégé de Michel Bissonnette, ancien député libéral devenu maire de Saint-Léonard.

Sale temps pour la politique

La Presse publie aujourd'hui un (autre) sondage dévastateur pour les politiciens.

Il aurait été étonnant, avec toutes les histoires douteuses qui agitent Québec depuis des semaines, que le moral des électeurs soit en hausse. C'est un peu comme faire un sondage sur le rétablissement de la peine de mort quelques jours après le viol et l'assassinat de trois enfants par un multirécidiviste en libération conditionnelle... La chaise électrique a tendance à gagner en popularité dans de telles circonstances.

Idem lorsque les allégations de favoritisme occupent toute la scène politique: la confiance décroît, naturellement.

Les électeurs ont de quoi être découragés, admettons-le. L'un des grands malheurs qui affligent le monde politique, ces années-ci, c'est le manque de sang neuf, et l'absence de renouveau dans le discours. Cela ne risque pas de changer lorsqu'on constate que la relève au gouvernement Charest, jusqu'à hier, était personnifiée par... Tony Tomassi, seul ministre de moins de 40 ans, avec Yolande James.

N'empêche, au-delà des circonstances, le degré d'écoeurement de l'électorat pour les élus que révèle notre sondage devrait sonner l'alarme, en particulier à Québec, où le gouvernement Charest s'enfonce un peu plus chaque jour.

Le climat particulier des derniers mois pousse peut-être la jauge du désabusement vers un sommet, mais le danger réel, c'est que cette perception s'incruste, qu'elle perdure au-delà de Tony Tomassi et de ses nombreux amis.

En ce sens, l'attitude de Jean Charest n'aidera en rien à stopper l'érosion. Le premier ministre a choisi de balayer sous le tapis les véritables problèmes d'éthique, de banaliser les questions de l'opposition et de minimiser les révélations embarrassantes étalées dans les médias.

Hier, il a esquivé les questions sur le financement illégal soulevées dans l'article de mes collègues André Noël et Francis Vailles en attaquant plutôt le critique du PQ, Nicolas Girard.

M. Charest peut badiner, mais le fait est que les informations colligées par les médias ou révélées par l'opposition depuis quelque temps (sans compter ce qui percole en ce moment pour sortie ultérieure) sont sérieuses et troublantes. Pas moins de quatre ministres de ce gouvernement, dont trois chevronnés (Norm MacMillan, Michelle Courchesne et Julie Boulet, en plus de Tony Tomassi) sont dans le collimateur du Directeur général des élections, une première plutôt gênante.

Par ailleurs, le gouvernement Charest a lancé en catastrophe une enquête publique sur la nomination des juges dans la foulée des déclarations de Marc Bellemare et il a modifié en profondeur le processus d'attribution de places aux garderies. Ces annonces ne sont pas que cosmétiques, elles répondent à des problèmes soulevés dans les dernières semaines.

Le climat pourri dans lequel se retrouve plongé le gouvernement Charest rappelle les dernières années du régime Mulroney.

Une enquête publique aurait permis, l'a-t-on assez dit, sinon d'assainir l'air ambiant, du moins de faire le point sur les pratiques de financement des partis politiques.

M. Charest ne veut pas lancer une telle enquête. Il en aura donc une en pièces détachées pendant des mois, gracieuseté des médias et de l'opposition.