La numérologie n'est pas ma tasse de thé, mais des chiffres comme 54, 121 ou 318 m'impressionnent.

Publié le 13 avr. 2010
Jean-François Bégin
Jean-François Bégin LA PRESSE

Vous vous doutez de quoi je parle: 54 victoires, 121 points, 318 buts marqués. Tous des sommets dans la Ligue nationale de hockey cette saison. Et tous, évidemment, des résultats qui apparaissent à côté du mot Washington, tout en haut du classement général de la LNH. De quoi flanquer une frousse noire aux partisans du Canadien, qui entreprend sa série contre les Capitals, jeudi.

Les Capitals ont outrageusement dominé la LNH cette année, comme il se doit, j'imagine, pour une équipe qui compte sur des stars comme Alexander Ovechkin, Alexander Semin, Nicklas Backstrom et Mike Green. Vaincus en temps réglementaire dans un seul de leurs 14 derniers matchs, ils sont au hockey actuel ce que les Oilers d'Edmonton étaient aux années 80: un irrépressible tourbillon qui frappe avec la force d'un ouragan de classe 5. Appelons ça l'ouragan Alexander.

Les Capitals excellent à cinq contre cinq, un gros avantage en ce moment de la saison où les arbitres ont tendance à ne rien punir, sauf les tentatives de meurtre caractérisées. Le Canadien, lui, est dominant en supériorité numérique - quoique pas ces derniers temps - mais il a la pire attaque de la ligue à forces égales. Jacques Martin doit espérer qu'Ovechkin perde les pédales, sinon...

Les gardiens? Bof, les statistiques de José Théodore valent bien celles de Jaroslav Halak: les quelques décimales que l'ancien gagnant des trophées Hart et Vézina concède au gardien du Canadien au chapitre de la moyenne et du pourcentage d'efficacité sont plus que largement compensées par le fait qu'il n'a pas perdu un seul match de 60 minutes au cours des trois derniers mois.

Et puis quel Halak verra-t-on? Celui qui a chipé le poste de numéro un à Carey Price après avoir mené la Slovaquie à la ronde des médailles aux Jeux olympiques? Ou celui qui a choisi un match crucial contre Toronto pour connaître une rare mauvaise sortie, samedi soir?

Vrai, les Capitals ont profité cette année de leur appartenance à la médiocre division Sud-Est, dont ils sont les seuls représentants en séries. Leur fiche, étincelante en matchs intradivision (19-3-2), est pas mal moins brillante contre les équipes de la division Nord-Est, celle du Canadien: 11-4-5.

N'empêche: les Capitals font peur. Surtout qu'ils ont gagné en expérience par rapport au printemps dernier, quand les 14 points d'Ovechkin au deuxième tour des séries ne les avaient pas empêchés de s'incliner en sept parties devant les Penguins de Pittsburgh.

Vous pouvez bien essayer de vous réconforter avec la fiche «gagnante» de 2-1-1 du Canadien contre la formation de l'entraîneur Bruce Boudreau, cette année. Mais vous êtes-vous demandé quelle est la fiche des Capitals contre le CH cette saison? Eh oui: 2-1-1.

Si le Canadien veut l'emporter, il faudra que les astres s'alignent comme ils le font rarement.

Il faudra que la brigade défensive du Canadien survive à la vitesse du trio d'Ovechkin et aux assauts des Eric Fehr, David Steckel et autres attaquants baraqués des Capitals. Pas facile, surtout que des vétérans comme Roman Hamrlik et Jaroslav Spacek traînent la patte ces temps-ci.

Il faudra que les petites gazelles qui font tourner l'attaque du Canadien, les Gomez, Gionta, Cammalleri et Plekanec - tous excellents dans la défaite contre les Leafs, il y a trois jours - s'arrangent pour passer beaucoup, beaucoup de temps en territoire des Caps. C'est sans doute la meilleure manière, ou même la seule, de neutraliser Ovechkin, qui voudra sûrement faire oublier sa sortie de scène prématurée aux Jeux olympiques. «La meilleure défensive, c'est de jouer dans leur zone», a convenu Cammalleri, hier.

Il faudra que Benoît Pouliot redevienne le joueur qu'il était à son arrivée du Minnesota. Que les ineffables frères K. se souviennent que la saison est commencée. Que Jaroslav Halak, ou Carey Price si le gardien slovaque venait à défaillir, fasse des petits miracles chaque soir, car le caoutchouc promet de pleuvoir.

Et il faudra que le Canadien joue avec calme et abandon, en cherchant réconfort dans le fait que huit fois sur 30 depuis l'instauration du format actuel des séries, le champion d'association s'est incliné en première ronde.

Tant mieux si tout ça se concrétise. Mais voyez-vous, j'aimerais beaucoup gagner mon pool des séries encore cette année. Et c'est pourquoi la froide logique m'impose de prédire une victoire des Capitals. En six.

Les temps changent

C'est TSN, et non la CBC, qui présentera la série Canadien-Capitals en anglais.

Les deux réseaux se partagent les huit séries de premier tour. La CBC avait les deux premiers choix. Elle a boudé le Canadien au profit des duels Canucks-Kings et Sénateurs-Penguins.

«Nous aurions voulu présenter les matchs de toutes les équipes canadiennes, comme il se doit selon moi. Mais nous étions tenus par notre contrat de télédiffuseur, qui nous donne les deux premiers choix, mais le troisième à TSN», m'a dit hier le producteur exécutif de Hockey Night in Canada, Sherali Najak.

Les choix de la CBC - qui a diffusé 26 matchs du Canadien cet hiver - lui donnent une série pour l'ouest du pays et une autre dont la tête d'affiche est Sidney Crosby. «En ce moment, la plus grande star du hockey est Sidney Crosby. Deux mois après qu'il eut donné la victoire au Canada aux Jeux olympiques, on ne peut se tromper en optant pour lui et les Penguins, champions en titre de la Coupe Stanley», a fait valoir M. Najak.

La logique est irréfutable. Reste qu'il aurait jadis été impensable de tourner le dos au Canadien. Les temps changent.