Imaginée à la fin des années 1970 par Fernand Paradis, alors directeur général de la Commission des écoles catholiques du Québec, la semaine de relâche avait pour objectif de donner un répit au milieu scolaire, décimé par un taux d'absentéisme très élevé à ce temps-ci de l'année.

Mis à jour le 1er mars 2010
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Trente ans plus tard, il n'y a pas que le milieu scolaire qui bénéficie de la relâche. Bien des parents sont passés du discours paniqué (que faire avec les enfants? Où les «caser» ?) à une approche plus saine. Ils en profitent désormais pour s'accorder une pause et passer du temps avec leurs enfants. Pour eux, la relâche de mars est devenue une bouffée d'air frais dans la conciliation famille-travail, une parenthèse nécessaire dans l'équilibre familial.

 

Cela dit, les parents qui peuvent s'offrir un tel répit sont bien chanceux. Un grand nombre de travailleurs ne peut tout simplement pas se permettre des vacances en plein hiver.

Dans les faits, il y a donc trois catégories de relâche. La première, celle des familles privilégiées qui ont les moyens financiers de s'offrir une semaine au soleil ou une semaine de ski dans des lieux de villégiature qui sont loin d'être à la portée de toutes les bourses.

Viennent ensuite les familles qui réussissent à se «bricoler» une semaine de relâche: les conjoints se partagent quelques journées, les grands-parents donnent un coup de pouce ou encore, si on a les sous, on inscrit les enfants à un des nombreux camps de jour offerts sur le marché. En effet, toute une industrie s'est créée autour de ces vacances hivernales et l'offre s'enrichit d'année en année: camps spécialisés, activités offertes dans les municipalités, le choix est vaste.

On peut se désoler que les enfants se retrouvent, encore une fois, embrigadés dans des activités organisées alors que cette semaine de relâche vise justement à décrocher, mais ce ne sont pas tous les parents qui souhaitent prendre leurs vacances en mars.

Enfin, pour les familles défavorisées ou qui disposent de peu de ressources, la relâche peut devenir un véritable cauchemar. Le milieu scolaire est d'ailleurs informé qu'il y a un grand nombre d'enfants laissés à eux-mêmes, sans surveillance parentale, durant cette période. Leurs parents n'ont ni les moyens de prendre des vacances ni le budget pour inscrire leurs enfants à une semaine d'activités.

C'est à ces familles que la société québécoise doit désormais penser, rappelait récemment l'instigateur de la semaine de relâche. M. Paradis proposait que les institutions et entreprises qui bénéficient des retombées économiques de la relâche participent à la création d'un fonds destiné aux enfants démunis, afin qu'ils profitent eux aussi de cette parenthèse dans l'année scolaire.

Voilà une idée qui mérite d'être étudiée. Centraide, ou encore un organisme comme le Club des petits-déjeuners, pourrait très bien piloter un tel projet. Il faut faire en sorte que cette semaine profite à tous, pas seulement aux enfants issus des familles privilégiées.