Bob Gainey a sans doute décidé de quitter avant de se faire montrer la porte. Il l'a presque reconnu quand il a expliqué que son contrat prenait fin à la fin de la saison et qu'il avait préféré être maître de sa décision. Celle de quitter son poste de directeur général du Canadien.

Mis à jour le 9 févr. 2010
Réjean Tremblay LA PRESSE

Mais je dois cependant souligner que Pierre Boivin a rendu hommage à Gainey en reprenant mot pour mot ce qu'il avait dit d'André Savard il y a presque sept ans. C'est-à-dire que Savard (et cette fois Gainey) avait montré son intégrité et sa force en remettant sa démission pour faire de la place à un nouveau directeur général.

Depuis, nous avons appris la vérité. André Savard avait été tassé de force de son job. Sans doute apprendrons-nous un jour que ce fut la même histoire dans le cas de Gainey.

D'ailleurs, le 2 février dans Le Soleil, Pierre Boivin se portait à la défense de Bob Gainey et répétait qu'il jouissait de toute sa confiance. S'il savait depuis le 27 décembre que Gainey partait, c'est un extraordinaire acteur. Pour rester poli.

Cependant, il y a un point qui est très clair. Gainey a mis tout son coeur dans son travail. Il a pris les décisions qu'il pensait bonnes et s'il a commis des erreurs et affiché des lacunes, tous les autres directeurs généraux de la Ligue nationale partagent ces imperfections. Malheureusement, depuis trois ou quatre ans, trop de signes montraient que Gainey avait perdu la capacité de se battre dans la ruelle du hockey professionnel. C'est un job de coupe-gorges et Gainey n'avait pas l'intelligence de la rue. Ce n'est pas un défaut, c'est tout simplement une qualité qu'il n'a pas.

Je suis convaincu que Gainey est un homme soulagé ce matin. Je ne dis pas que l'adrénaline ne lui manquera pas ce matin en prenant son café, mais il aura le temps de vivre pour lui et pour ses proches. C'est un amateur de jazz, un vrai, un homme de famille et il n'aura plus à supporter chroniques, commentaires, analyses et émissions quotidiennes de radio et de télé. Chez le Canadien, on meurt avec une défaite et on ressuscite avec une victoire. C'est une vie de fou rendue encore plus folle avec l'omniprésence des médias.

Je veux être clair. Personne n'a eu la tête de Bob Gainey. Le directeur général du Canadien démissionne ou est démissionné parce que l'équipe ne gagnait pas assez de matchs de hockey et que les propriétaires étaient inquiets quant à l'avenir de l'équipe.

Il y a moins d'un an, Guy Carbonneau était congédié par son grand ami. Ce sera sans doute le plus grand regret que Bob Gainey aura de son séjour à la direction du Canadien. Il aura sacrifié un ami pour rien.

Gauthier est le patron

J'ai échangé quelques mots, hier soir, avec Pierre Gauthier, le nouveau directeur général du Canadien. Gauthier était le bras droit de Gainey, mais il n'était pas celui qui prenait les décisions finales. Depuis hier, le patron c'est lui.

J'ai grande confiance en Pierre Gauthier. On peut dire ce qu'on voudra de son travail à Ottawa, n'empêche qu'en trois ans comme directeur général, il a contribué à construire une équipe qui s'est rendue en finale de la Coupe Stanley. Puis à Anaheim, comme président d'abord et directeur général, il a préparé la table pour Brian Burke. Gauthier est un homme fort intelligent, cultivé et travailleur. Dans le contexte spécial de Montréal, il saura s'ajuster très rapidement.

L'inquiétude de plusieurs commentateurs, c'est que le nouveau directeur général de la Sainte Flanelle est coincé avec des contrats qui risquent d'étouffer toute initiative. Pierre Gauthier est moins inquiet. Il y a de nombreuses façons d'oeuvrer pour se faire de la place sous le plafond salarial. «Mais directeur général, c'est un travail rendu extrêmement complexe. La nouvelle convention collective est exigeante, mais il y a moyen de manoeuvrer», a-t-il lâché dans la conversation.

S'il y a quelqu'un qui peut naviguer dans les courants tumultueux, c'est Pierre Gauthier.

De plus, il est celui qui a embauché Jacques Martin avec les Sénateurs d'Ottawa. Les deux avaient travaillé ensemble avec les Nordiques de Québec. C'est également Gauthier qui a concrétisé la vraie chance à Trevor Timmins de progresser à Ottawa. Ça assure une continuité qui est importante. Jacques Martin aimait beaucoup Bob Gainey, il aime tout autant Gauthier. Un coach rassuré travaille encore mieux.

Cette équipe change

Gainey avait la situation idéale avec George Gillett. M. Gillett et toute la famille adoraient Gainey et lui donnaient carte blanche. Une vraie carte blanche qui permettait à Gainey de faire tout le temps à sa tête.

Mais la vente du Canadien et l'arrivée des frères Molson et d'un nouveau groupe de propriétaires a changé la donne. Complètement.

Depuis le 4 décembre, on sent que le Canadien a été remis à la société québécoise. Geoff Molson est très conscient de la clientèle francophone de son équipe. Encore bien plus, Geoff Molson accepte que le Québec est une nation francophone où les minorités sont le bienvenue et sont respectées.

D'ailleurs, un confrère anglophone a tenté de planter une question à Pierre Boivin à propos du bilinguisme d'un futur directeur général. «Mets-en que c'est important. Ça va de soi, 75% de nos fans sont francophones et il est essentiel qu'on puisse communiquer avec ces gens», a répondu en substance M. Boivin.

J'ai trouvé que ça faisait un maudit bout que Pierre Boivin n'avait pas eu autant l'air d'un président! Le président du Canadien a enfin mis le point sur le «i» et la barre sur le «t».

Cette équipe change et le mot d'ordre du propriétaire et du président se répercute de haut en bas de l'organisation. Ça commence toujours par la tête.