Faire lire des oeuvres populaires et séduire le plus de jeunes possible, ou imposer des oeuvres jugées plus difficiles et amener les élèves à aller plus loin? C'est le débat lancé par un dossier publié dans La Presse il y a une semaine, débat qui s'est poursuivi dans le blogue de l'éditorial, sur Cyberpresse, cette semaine. En effet, lundi, nous demandions à nos lecteurs de nous proposer des titres de livres qui devraient figurer au programme des écoles québécoises.

Mis à jour le 6 févr. 2010
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

À ce jour, 180 personnes ont répondu à notre appel, y allant de commentaires généraux ou nous proposant des auteurs qui, à leur avis, sont incontournables.

Nos lecteurs ratissent large: d'Albert Camus (L'étranger) à Bryan Perro (Amos Daragon) en passant par 1984 d'Orwell, Le comte de Monte-Cristo de Dumas ou Don Quichotte de Cervantès... La liste est longue et très diversifiée.

Une constante toutefois: les livres du terroir n'ont pas la cote. À titre d'exemple, plusieurs commentateurs semblent avoir trouvé très éprouvante la lecture obligatoire du Survenant de Germaine Guèvremont, pourtant un très beau livre, ou de Maria Chapdelaine, de Louis Hémon. Le Grand Meaulnes semble également avoir «traumatisé» quelques élèves.

Il se dégage de ce brassage d'idées deux visions opposées de la lecture à l'école: d'un côté, les tenants du plaisir avant tout, qui réclament des oeuvres accessibles et aimées des jeunes. À leur avis, si on impose des oeuvres trop complexes ou dépassées, on braquera les élèves et on les découragera de lire.

Parmi ces gens, certains brandissent même «le droit de lire n'importe quoi» défendu par l'écrivain Daniel Pennac dans son essai Comme un roman. Ils oublient cependant d'ajouter que M. Pennac faisait la distinction entre les bons livres et les mauvais et que, parmi les mauvais, se trouvaient les romans qui proposent des sensations fortes, de bons sentiments, une formule quoi! Est-ce vraiment le rôle de l'école que de faire lire de tels livres? Absolument pas.

Nous nous rangeons plutôt du côté de ceux qui conçoivent la littérature comme outil d'apprentissage. Comme nous, un très grand nombre de nos lecteurs estiment que l'école est le lieu privilégié pour proposer aux jeunes des lectures plus difficiles. Laissons donc à ceux qui le souhaitent le loisir de lire des romans comme Twilight ou Harry Potter à «l'extérieur» des murs de l'école, et offrons-leur plutôt des livres plus stimulants comme ceux de Romain Gary ou Cervantès, par exemple. Le rôle de l'enseignant, dans ce contexte, est d'accompagner le jeune, de mettre l'oeuvre en contexte, de la situer dans l'histoire.

Plusieurs de nos lecteurs remercient d'ailleurs un ancien professeur de les avoir fortement encouragés (pour ne pas dire forcer) à lire des classiques. Avec le recul, ils apprécient l'effort et ses dividendes.

Au final, bien que les positions soient bien campées, un constat s'impose: peu importe les goûts et les convictions, la lecture est un sujet qui passionne encore. C'est rassurant