Le Québec est dans une impasse. Des dépenses publiques élevées, un fardeau fiscal élevé, un endettement élevé. Et une marge de manoeuvre étroite qui se rétrécit encore davantage à cause de la récession. Et surtout, une situation précaire qui aura tendance à empirer plutôt qu'à se résorber avec le temps.

Alain Dubuc, collaboration spéciale
Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

C'est ce que nous rappellent quatre économistes québécois réputés, membres du comité consultatif sur l'économie et les finances publiques, créé par le ministre des Finances Raymond Bachand, pour le conseiller et pour nourrir le débat sur ce que devrait proposer le prochain budget du Québec. Ils nous disent que le Québec est au bout du rouleau et donc que l'heure des choix difficiles est arrivée.

 

Ce n'est pas la première fois qu'on nous dit cela. Les quatre économistes, Robert Gagné, qui préside le comité, Pierre Fortin, Claude Montmarquette et Luc Godbout, reprennent les mêmes thèses, en y mettant de la chair, que le groupe formé par Lucien Bouchard. Ces économistes, malgré leurs sensibilités différentes, s'inscrivent dans un courant que l'on pourrait qualifier de «lucidoïde».

Je n'étonnerai personne en disant que je suis d'accord avec eux. Je fais partie de la même mouvance. Cette impasse, je l'ai décrite dans des dizaines de chroniques, et dans mon essai, Éloge de la richesse. Je me réjouis cependant de voir que ce si ce premier fascicule décrit l'état des lieux, les deux suivants seront sur le mode solution: mieux dépenser, mieux financer nos services publics - sans doute la tarification - et aussi stimuler la création de richesse, pour que nos ayons les moyens de nos ambitions.

Le défi des auteurs, et des politiciens qui devront donner suite à ce rapport, c'est de réussir à convaincre les Québécois du sérieux de la situation. Et de la légitimité de solutions parfois déplaisantes. Le fascicule, si on se donne la peine de le lire, est simple, sobre, et difficile à attaquer parce qu'il s'en tient aux faits. Les auteurs ont, entre autres, trouvé une image forte pour illustrer notre impasse, une comparaison avec l'Ontario qui dit tout. Si le financement public des services était le même au Québec qu'en Ontario, le Québec dépenserait 17,5 milliards de moins. Le Québec dépense pour ces services 26% de plus que la province voisine. Même si son niveau de richesse est inférieur de 14%. Un écart que l'on a comblé avec des impôts et des emprunts. Mais qu'est ce qu'on fait lorsqu'on ne peut plus vraiment augmenter les impôts, plus élevés qu'ailleurs, et que la dette est déjà trop lourde? Nous en sommes là.

Comment réagira-t-on? Dans un premier temps, la grosse machine à pensée magique s'est mise en branle, pour trouver des milliards qui traîneraient quelque part, ce qui nous éviterait des choix difficiles. Pour la CSN, ils sont dans les poches des riches, qu'il suffit de taxer davantage, Pour les nationalistes primaires, dans un coffre à Ottawa. Pour les désillusionnés, dans les abus de l'industrie de la construction.

À cet égard, la contribution de la chef de l'opposition, Pauline Marois, a été irresponsable. Elle a décrit ce rapport comme «une forme de manipulation de l'opinion publique». Mais peut-elle être vraiment en désaccord avec le constat des quatre économistes? Je sais que, dans notre système parlementaire, l'opposition est là pour s'opposer. Mais cela ne la dispense pas d'un devoir d'intelligence.

Il est cependant vrai que c'est le gouvernement Charest qui devra prendre les décisions impopulaires. Ce rapport nous donne une idée de la direction qu'il entend prendre. On verra, au moment du budget, s'il aura le courage d'aller jusqu'au bout de sa démarche.

Pour en savoir plus:

Pour consulter le fascicule, cliquez sur le lien intitulé «fascicule 1» à l'adresse suivante : https://consultations.finances.gouv.qc.ca