La démission du député de Vachon, Camil Bouchard, est une perte pour le Parti québécois. Mais son départ, à cause des raisons invoquées, est aussi l'occasion de réfléchir à la notion de service public.

Mis à jour le 16 déc. 2009
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Chaque année, des individus ayant une famille, un travail, voire une carrière, décident de faire le saut en politique active. Toutes sortes de motivations les poussent à briguer les suffrages. Certains sont attirés par le pouvoir. Ceux-là deviennent rapidement des politiciens professionnels, champions du financement et des soupers spaghettis.

 

D'autres se lancent par désir de s'impliquer, d'influencer les politiques gouvernementales. Camil Bouchard, comme d'autres élus (pensons à Marguerite Blais, par exemple), était de ce nombre. M. Bouchard rêvait de changer le monde, mais après sept ans sur les banquettes de l'opposition, il a choisi de s'en aller, peut-être avant que ce monde ne le change, qui sait.

Le constat qu'il fait de ces années consacrées à la vie politique est assez accablant. Lundi, il déclarait qu'il aurait accompli davantage pour le Québec s'il était resté chercheur.

Il faut dire que M. Bouchard est l'auteur du célèbre rapport Un Québec fou de ses enfants, publié en 1991, qui a inspiré la création du réseau des centres de la petite enfance, apport très important à la société québécoise. Pauline Marois, qui a créé le réseau des garderies québécoises, avait recruté le chercheur en 2003.

Bien sûr, on devine que le discours de M. Bouchard aurait été fort différent s'il s'était trouvé du côté du pouvoir. Mais le désabusement qu'il a exprimé en conférence de presse fait tout de même écho au cynisme ressenti dans la population à l'endroit de la classe politique. «La politique doit nous faire rêver, a-t-il déclaré. Or le contexte actuel, imprégné d'odeurs de corruption, de malversations et de collusion, n'a rien qui puisse nous faire rêver.»

Difficile de le contredire là-dessus. À ces observations, il faut ajouter les nombreuses scènes disgracieuses qui se sont déroulées au cours de l'année à l'Assemblée nationale: insultes, injures, attaques gratuites... il ne s'est pas dit que des choses inspirantes. Ce spectacle désolant repousse les candidats de qualité potentiels qui enrichiraient sans doute la vie politique, mais qui préfèrent passer leur tour de peur d'être aspirés dans ce tourbillon qui, disons-le, tourne souvent à vide.

Enfin, cette réflexion inspirée par le départ de M. Bouchard serait incomplète sans un auto-examen de nos propres attentes, parfois irréalistes, à l'endroit des politiciens. Nous les souhaitons parfaits, surhumains et notre jugement implacable ne tarde pas à fuser face à la moindre petite erreur de leur part. Cette pression insoutenable contribue, elle aussi, à faire fuir des gens de qualité qui pourraient apporter beaucoup à notre société.

La politique devrait se faire autrement. Est-ce possible ou est-il trop tard?