Le talent de Gilles Carle était foisonnant. Avec une caméra, une plume ou un pinceau, celui qui nous a quittés dans la nuit de samedi a laissé s'exprimer une imagination exubérante qu'on trouve aussi bien dans ses films que dans les portraits magnifiques qu'il a peints de son amoureuse, Chloé Sainte-Marie.

Mis à jour le 30 nov. 2009
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Les plus jeunes l'auront surtout connu malade: atteint de la maladie de Parkinson, recroquevillé dans un fauteuil roulant, le regard hagard, il demeurait toutefois furieusement vivant. Cette vitalité, cette présence jusqu'à la toute fin, il la doit à sa compagne des 27 dernières années. Cette femme infatigable s'est battue non seulement pour la qualité de vie et la dignité de son conjoint, mais aussi pour qu'il ne disparaisse pas, pour qu'il demeure bien vivant dans notre esprit malgré la maladie. Même quand il était question de sa création à elle, Chloé Sainte-Marie revenait inlassablement à «Gilles», à son art, à son importance pour le Québec. Au fil des ans, cette belle flamme rousse en est venue à incarner l'amour et l'engagement dans tout ce qu'ils ont de plus généreux.

 

Peintre, poète, parolier... Gilles Carle était un artiste multidisciplinaire. Mais c'est comme cinéaste qu'il a marqué notre imaginaire. Chacun d'entre nous a son film préféré de Carle: La vie heureuse de Léopold Z, La vraie nature de Bernadette, Viol d'une jeune fille douce, Les mâles, Les Plouffe...Son cinéma était fort différent de celui d'Arcand, de Falardeau ou de Perrault, un cinéma à la fois près des gens, moins politique, plus coloré, plus extravagant.

Le sujet de ses films était profondément québécois mais son cinéma est rapidement devenu international. Récompensé des dizaines de fois, Gilles Carle a fait connaître notre cinéma au-delà des frontières du Québec et du Canada. Bien avant Denys Arcand et Xavier Dolan, il a gravi les marches du Festival de Cannes avec, à ses bras, ses muses, des actrices magnifiques comme Micheline Lanctôt et Carole Laure, pour lesquelles il aura été à la fois professeur de vie et maître de cinéma.

Dans une province où les cinéastes se désolent de ne pas tourner suffisamment, Gilles Carle a été un artiste prolifique, auteur de nombreux longs métrages, mais aussi de documentaires, de courts métrages et de publicités.

Nous sommes toujours touchés lorsqu'un créateur de cette trempe nous quitte. Nous aimerions trouver une façon de le garder en vie, d'en faire un immortel.

Le premier ministre Charest a annoncé cette fin de semaine que Gilles Carle aura droit à des funérailles nationales, ce qui est dans l'ordre des choses. Mais le plus bel hommage que nous pouvons lui faire, c'est encore de revisiter son oeuvre et de regarder ses films.