Un des principaux arguments du gouvernement Charest pour éviter la tenue d'une enquête publique vient de tomber. Le président de l'Association des policiers provinciaux du Québec, Jean-Guy Dagenais, affirme que la tenue d'une enquête publique ne nuirait aucunement aux investigations policières actuellement en cours. Il contredit ainsi la position du premier ministre, Jean Charest, et de ses ministres, qui se réfugient derrière cette excuse depuis plusieurs semaines pour justifier leur réticence à créer une telle enquête.

Mis à jour le 24 nov. 2009
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

M. Dagenais va plus loin encore et estime qu'une enquête qui se pencherait sur les liens entre le milieu de la construction, les grandes firmes d'ingénierie et les partis politiques, est devenue incontournable.

 

Il a l'intention d'écrire au ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, ainsi qu'à la ministre de la Justice, Kathleen Weil, pour leur expliquer sa position. Il n'est pas le seul policier à penser ainsi. Les représentants des policiers de la sûreté du Québec et du SPVM ont fait des déclarations similaires au cours des derniers jours.

M. Dagenais répète qu'un tel exercice ne nuirait pas au travail des policiers. Il croit même que la création très médiatisée de l'escouade Marteau a probablement poussé certains entrepreneurs vers la déchiqueteuse, une façon imagée de dire que les individus qui avaient des choses à se reprocher n'ont pas attendu la visite des policiers et ont sans doute déjà détruit toute trace matérielle de leurs méfaits.

M. Dagenais est donc formel, les opérations policières sur le terrain peuvent avancer en même temps que les travaux d'une enquête publique. Qui pourra le contredire? Comme il le dit si bien, «nous sommes bien placés pour le savoir, nous sommes des policiers...».

La voix du président de l'Association des policiers du Québec se joint donc aux nombreuses autres qui réclament la tenue d'une enquête publique afin de faire la lumière sur les rumeurs de corruption et de collusion dans le milieu de la construction. À l'exception de certains entrepreneurs, de la FTQ et des membres du gouvernement Charest, la grande majorité des Québécois réclame la tenue d'une telle enquête. Du maire de Montréal, Gérald Tremblay, au maire de Québec, Régis Labeaume, en passant par la présidente de l'Ordre des ingénieurs ainsi que les principaux partis politiques du Québec, tous réclament la tenue d'une enquête qui exposerait les coulisses du monde municipal et du milieu de la construction.

Le gouvernement Charest n'a plus le choix et surtout, plus d'arguments qui tiennent encore la route pour refuser cette demande. S'il veut rester crédible aux yeux de la population dans ce dossier, il doit annoncer avant Noël la tenue d'une enquête publique.