Curieux, tout de même, notre façon de jouer avec les mots quand vient le temps de causer déchets....

Publié le 20 nov. 2009
François Cardinal
François Cardinal CYBERPRESSE

D'ailleurs, on ne dit plus «déchets», mais «matières résiduelles». On ne «recycle» plus, on «valorise». On ne dit plus «dépotoir», mais «lieu d'enfouissement sanitaire». On n'entasse plus les «vidanges» à la décharge, on les «élimine», carrément...

Dans le fond, plus le temps passe, plus la quantité de déchets augmente, plus nous privilégions un vocabulaire qui nous conforte dans l'idée qu'une fois au chemin, les poubelles disparaissent comme par magie.

Pouf! On a «éliminé» les «matières résiduelles»...

Ce changement de ton, on le doit aux gouvernements successifs, qui ont tour à tour adopté une politique de gestion intégrée des déchets solides en 1989, une politique de gestion des matières résiduelles en 1998, puis une nouvelle mouture de cette dernière il y a un peu moins d'une semaine.

Oublions aujourd'hui l'idée que les deux premières politiques ont échoué et attardons-nous plutôt à l'évolution du jargon gouvernemental. Alors que la première politique visait une réduction de la moitié des «déchets» envoyés au dépotoir en 2000, la deuxième promettait la «mise en valeur» de 65% des «matières résiduelles» en 2008.

Ce changement de vocabulaire en cache un autre, encore plus sournois: l'objectif de la dernière politique était, plus précisément, de «mettre en valeur» 65% des déchets... «pouvant être mis en valeur».

Subtil, non? Plutôt que de calculer le taux de recyclage sur l'ensemble des déchets, comme on le faisait dans la politique précédente, on a soudainement décidé de calculer le taux de recyclage à partir des seuls déchets qui peuvent être recyclés.

Pouf! On a éliminé environ 12% des déchets... en taisant tout simplement leur existence. Ce qui a permis aux municipalités de se rapprocher de leur objectif sans lever le petit doigt.

Ce qui nous mène à la troisième politique québécoise, dévoilée lundi dernier. Là encore, le vocabulaire évolue. Exit la cible globale de récupération, on mise cette fois sur une cible de réduction des déchets: 700kg par habitant par année en 2015, plutôt que les 810kg actuels.

La question qui tue: sommes-nous, encore une fois, en train de jouer habilement avec les mots? Oui.

L'objectif premier est dorénavant de «ramener la quantité de matières résiduelles éliminées à 700 kg par habitant». Un mot compte plus que les autres dans cette phrase: «éliminées». Il n'est pas question de réduire la quantité de déchets produits, mais bien la quantité de déchets enfouis.

Où sont les mesures de réduction des résidus ménagers à la source, les mesures s'attaquent à la surconsommation, les mesures qui nous obligent à nous interroger avant de générer un déchet de plus? On ne semble en avoir que pour leur traitement: transformation, récupération, compostage, biométhanisation...

Or le problème au Québec n'est pas tant le recyclage, qui a connu une impressionnante hausse de 103 % depuis 1998, que la production phénoménale de déchets. Celle-ci augmente à une telle vitesse, année après année, que les Québécois envoient aujourd'hui plus de résidus au dépotoir qu'il y a 10 ans, malgré la collecte sélective.

Québec semble avoir oublié que le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas, non pas celui qu'on «valorise», encore moins celui qu'on «élimine»...

Photo: François Roy, La Presse

Plus le temps passe, plus la quantité de déchets augmente au Québec.

La grande nouveauté du projet de politique québécoise de gestion des matières résiduelles est certainement la biométhanisation. En clair, il s'agit de ramasser les déchets organiques (déchets de table, feuilles, gazon, boues usées, etc), puis de leur faire subir une fermentation dans un milieu dépourvu d'oxygène. On transforme ainsi les résidus putrescibles en biogaz (pouvant servir à faire rouler des véhicules ou à chauffer des bâtiments) et en digestat (pouvant être composté ou épandu comme engrais agricole).

Cliquez ici pour voir une illustration de ce procédé biologique.

Camion de déchets: Les déchets organiques (résidus de table, feuilles, gazon) sont collectés de porte en porte, puis ils sont transportés directement à l'usine de biométhanisation.

Hydrolyse: Les déchets sont mélangés à une substance liquide, que ce soit des eaux usées, des boues municipales ou des gras d'usines.

Digesteur: Pendant 15 à 50 jours, dans une cuve sans oxygène, le mélange subit une biométhanisation, c'est-à-dire une fermentation. Cette dégradation des matières organiques produit un biogaz et du digestat.

Biogaz: Un mélange composé surtout de méthane (CH4) et de dioxyde de carbone (CO2) s'échappe de la cuve. Il s'agit d'un biométhane, communément appelé biogaz.

Biocarburant: Le biogaz peut être transformé en biocarburant, c'est-à-dire un substitut à l'essence et au diesel. Il émet moins de gaz à effet de serre qu'un carburant fossile.

Chauffage: Le biogaz peut être converti en électricité ou en chaleur pour le chauffage des bâtiments. Il peut ainsi remplacer des sources de chauffage polluantes comme le mazout et le gaz naturel.

Digestat: Il s'agit d'un résidu solide de la biométhanisation. Il est composé de minéraux et d'éléments organiques qui ne se sont pas dégradés.

Compostage: Le digestat peut être composté comme l'ensemble des déchets organiques. Il produit ainsi un terreau, le fameux compost.

Épandage: Le digestat peut servir à l'épandage agricole, sans traitement préalable.