Depuis l'élection du 1er novembre dernier, un puissant mouvement est en marche pour nous faire oublier l'idée même d'une enquête publique qui examinerait les rumeurs de corruption et de collusion dans le monde municipal.

Mis à jour le 13 nov. 2009
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Dès le lendemain du vote, le maire Tremblay s'est empressé d'annoncer une série de mesures, dont l'arrêt temporaire de l'attribution des contrats de la Ville, le gel d'une taxe et la suspension d'une autre. Le même jour, le gouvernement Charest annonçait la tenue d'une rencontre avec les maires des principales villes du Québec et le lendemain, dévoilait une série de mesures visant à assurer la transparence dans le processus d'attribution de contrats gouvernementaux. Visiblement, on voulait rassurer la population en montrant que le gouvernement prend les choses en main, et qu'une enquête publique ne serait finalement pas nécessaire. Disons que les arrestations de la Sûreté du Québec dans le secteur de la maçonnerie, le surlendemain des élections municipales, tombaient à point.

 

L'annonce faite hier par le ministre des Affaires municipales s'inscrit donc dans cette volonté de nous convaincre que les choses vont changer dans le monde municipal. Lors d'une rencontre avec les maires, hier, Laurent Lessard a présenté un projet de loi qui vise à rendre plus transparente la gestion des contrats municipaux en accordant des pouvoirs de vérification supplémentaires à son ministère. Il veut en outre obliger les villes à adopter des règles plus sévères pour régir le processus d'attribution des contrats. Enfin, il veut créer un groupe de réflexion composé de représentants d'associations municipales, de la Ville de Montréal et d'experts à qui il demandera d'examiner l'ensemble de la gestion des contrats municipaux. Ce comité devrait déposer son rapport à la mi-février, soit un mois après celui des experts mandatés par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain qui se penchera, lui aussi, sur la gouvernance.

Les mesures annoncées hier sont intéressantes, mais elles ne vont pas assez loin. Elles rendent le processus plus limpide, mais ne changent rien au fait qu'il y a un sérieux ménage à faire dans le monde politique municipal.

Tout comme la Fédération québécoise des municipalités, nous croyons que la tenue d'une commission d'enquête demeure plus que jamais pertinente.

Les révélations et les rumeurs de collusion et de corruption entendues au cours des derniers mois faisaient référence aux liens qui existent entre les élus, les firmes d'ingénieurs, les entreprises de construction et les activités de financement des partis. Les mesures annoncées depuis une dizaine de jours ne s'attaquent pas au coeur du problème, à la gangrène qui affaiblit le système. À l'heure actuelle, le gouvernement Charest mise sur le désintérêt de la population au lendemain des élections. Bientôt, espère-t-il sans doute, l'idée d'une commission d'enquête sera complètement évanouie.

Ne lui donnons pas raison.