D'une année à l'autre, les Québécois se prononcent en faveur de l'euthanasie. C'est ce que confirme une fois encore un sondage réalisé à la mi-octobre par CROP et publié dans nos pages cette semaine. Une forte proportion de répondants, 80%, est en faveur de l'euthanasie lorsqu'elle est demandée par le patient. La proportion diminue si la décision vient du médecin ou de la famille. Selon les sondeurs, la position des Québécois sur cette question n'a pas beaucoup changé depuis 20 ans.

Mis à jour le 7 nov. 2009
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Les Québécois sont ouverts, donc. Mais comme l'observait André Bourque, chef du département de médecine générale du CHUM, au Téléjournal le 13 octobre dernier, on réalise que les termes utilisés dans le cadre de la discussion ne sont pas toujours bien compris. De quoi parle-t-on, au juste, lorsqu'on parle d'euthanasie: de suicide assisté, d'aide à la douleur, de cessation de soins, d'euthanasie active? Ce n'est pas clair. Cette confusion commande la tenue d'un débat sur la fin de la vie. Notre contexte sociodémographique l'impose. La population canadienne vieillissante, notre intolérance à la souffrance ainsi que l'absence de plus en plus fréquente de soutien familial ne font qu'accentuer l'urgence d'en discuter. Bien que l'euthanasie ne soit pas permise au Canada, bon nombre de médecins y sont confrontés quotidiennement dans leur pratique.

Début octobre, le projet de loi de la députée bloquiste Francine Lalonde, son troisième, posait justement des questions très pertinentes à propos de la décriminalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. Toutefois, avant de songer à modifier le Code criminel, il faudrait consulter la population.

On sait par exemple que les avis demeurent partagés au sein de la communauté médicale, qui reconnaît la complexité du problème. Dans un sondage (très controversé, rappelons-le), les médecins spécialistes se prononçaient en faveur de l'euthanasie à condition que la décision ne leur revienne pas. Les omnipraticiens sont sensiblement du même avis.

Plusieurs médecins se sont cependant dissociés publiquement de la position de leur association. Bref, dans ce débat très émotif, tout n'est pas noir ou blanc. D'où l'importance d'avoir une franche conversation. Cette semaine c'était au tour du Collège des médecins de publier un document de réflexion sur la question. Le Collège a choisi de ne pas prendre position car, selon lui, il y a trop de situations différentes. Ses membres ne sont pas à l'aise avec le statu quo qui les expose à des poursuites criminelles, mais ne sont pas davantage confortables dans le rôle d'exécutants. Une preuve supplémentaire, donc, qu'une consultation nationale sur la question est de mise.

Face à un sujet aussi délicat, une commission itinérante qui traverserait le pays pour entendre spécialistes et simples citoyens s'impose. C'est un débat qui, aussi douloureux soit-il, doit absolument avoir lieu.