Au diable l'hypocrisie!

Mis à jour le 6 nov. 2009
Réjean Tremblay LA PRESSE

Imaginons qu'on est au mois de mai et que le Canadien s'apprête à affronter les Flyers de Philadelphie en deuxième ronde des séries. Imaginons que la grippe A (H1N1) est encore très active et qu'il faut reprendre la vaccination et que les fonctionnaires sont aussi désemparés qu'ils le sont présentement.

Pensez aux séries, pensez à l'excitation des fans, pensez à la fièvre qui balaie la ville et le Québec.

 

Imaginez que vos Glorieux doivent se faire vacciner pour éviter une épidémie dans le vestiaire avant le premier match de la série.

Il se passerait quoi? Pensez-vous une seconde que les gens crieraient au favoritisme si on arrangeait une vaccination spéciale pour les Glorieux?

Ben, si c'est bon au mois de mai pendant les séries, ça devrait être bon pour le mois de novembre... même quand ils sont pourris et qu'ils vous font honte.

Tout le reste n'est que de l'hypocrisie et du politiquement correct.

Sérieux, pensez-vous une seconde que les joueurs du Canadien vont aller faire la queue pendant cinq heures au mois de décembre?

De toute façon, ils sont condamnés à une exception.

Les critiques essuyées par le gouvernement albertain, à cause d'un passe-droit accordé aux joueurs des Flames, font peur à la direction du Canadien. Rien de plus. Sinon, ça fait longtemps que les médecins de l'équipe auraient réglé l'affaire.

Ça n'a rien à voir avec la conscience sociale, rien à voir avec le respect du bon peuple. Voulez-vous rire? Pensez-vous qu'un joueur du Canadien attend à l'urgence quand il est malade? Ou que sa femme a un malaise sérieux?

Personnellement, je souhaite que la direction de l'équipe ne soit pas trop peureuse. On peut se faire vacciner au Walgreens du voisinage partout aux États-Unis. Ça coûte environ$20 et ça prend moins de trente minutes. J'ai des amis qui ont profité de leur séjour en Floride pour régler leur histoire de vaccin. C'est simple, que l'organisation achète les vaccins nécessaires lors d'un voyage et que le personnel médical l'administre aux joueurs et aux dirigeants. Ça va laisser une trentaine de vaccins supplémentaires pour le monde ordinaire et personne ne sera obligé de jouer à l'hypocrite.

De toute façon, tout est hypocrisie dans la bureaucratie de la santé. Une des grandes richesses en ce monde québécois est d'avoir une couple de bons chums qui sont médecins. Recevoir son vaccin contre la grippe entre le spaghetti et le dessert au cours d'un souper d'amis, c'est quand même pas si pire. Et quand mon beau-frère le chirurgien me donne une prescription pour le Célébrex que j'utilise pour mes genoux, croyez-vous que je me sens coupable?

En plus, les bureaucrates n'ont pas pensé aux athlètes dans leur découpage de la carte grippeuse. Ces gars-là voyagent constamment, ils transpirent, ils partagent avions, autobus, douches, salle à manger dans une promiscuité constante, ils affrontent des adversaires qui ont été en contact avec des malades, ils doivent prendre le temps de serrer la main de leurs fans au risque de passer pour des arrogants et des fendants, en fait, ils sont à risque.

Mais surtout, et c'est de votre faute, ils forment la nouvelle noblesse de l'Amérique. Ils sont vos demi-dieux, ils sont vos idoles. Vous les rendez riches en leur vouant un culte passionné et vous leur pardonnez toutes leurs frasques.

Fait que le vaccin et l'égalité sociale, faudrait pas jouer la comédie en plus!

Au mieux, ça va finir que vos favoris auront été vaccinés et que vous ne le saurez qu'après coup et au pire, le Canadien va organiser une de ses imbuvables mascarades pour vous faire accroire que leurs veuuuudettes sont traitées comme le monde ordinaire.

Réglez la patente pendant un petit voyage aux USA et jouez donc au hockey, ça va être parfait.