Un mot m'est revenu l'autre soir en écoutant la confession de M. Benoit Labonté à la télé: grippeminaud. Je croyais que le mot venait de La Fontaine; je viens de vérifier, il vient de Rabelais: grippeminaud, personnage fourbe et doucereux. Dans La Fontaine, c'est un chat qui est grippeminaud; comme je n'aime pas que M. Labonté soit un chat, un nouveau mot me vient: grippeminable, qui ajouterait à grippeminaud la viscosité de la limace.

Publié le 27 oct. 2009
Pierre Foglia LA PRESSE

Qu'est-ce que Mme Harel est allée foutre avec un type pareil? Elle est allée chercher un trône, bien sûr; cela fait longtemps qu'elle se pense en reine. Elle ne l'aura pas. Quelque chose me dit que M. Tremblay sera réélu sans problème mais, à sa place, je ne fêterais pas tout de suite; les vainqueurs de mes prédictions sont défaits très souvent, d'ailleurs. Superstitieux comme je suis, c'est bien avec ce dessein-là que je les pressens.

Un autre scénario me vient: et si Mme Harel, au lieu d'aller rejoindre M. Labonté, était allée rejoindre M. Richard Bergeron à Projet Montréal?

Un ami qui a reçu les deux cet été, avec l'idée de les voir s'acoquiner, me jure que Mme Harel y a pensé. Mais sûrement pas plus de deux secondes! M. Bergeron avait trop l'air d'un loser à l'époque (il l'a toujours) mais, surtout, il ne voulait pas s'effacer comme M. Labonté.

Si Mme Harel avait pu prévoir! Imaginez comme elle serait en voiture aujourd'hui avec M. Bergeron. La campagne des deux autres se transforme en combat de boue, ils s'en jettent tant qu'on ne les distingue plus, va savoir lequel est Tremblay, lequel est Labonté ; et c'est alors que serait apparu au bout de la rue un tramway nommé soupir (de soulagement) avec Mme Harel et M. Bergeron à bord.

Je souhaite la très improbable victoire de M. Bergeron, même si on me dit que c'est un tata fini et l'homme d'une idée fixe avec lequel cela risquerait d'aller encore plus mal qu'aujourd'hui à la mairie. À cette objection j'oppose mon vieux fond trotskiste : c'est quand ça va vraiment plus mal que ça commence à aller mieux.

Ne vous fâchez pas trop de mon cynisme et ne perdez pas de vue que c'est un point de vue émis de Frelighsburg : vous n'imaginez pas comme ma campagne, à 75 minutes seulement de Montréal, est loin de vos embarras de mafia. Tout de même, pour des gens qui vivez en ville vous m'étonnez; je vous croyais très macadam mais je vois bien que vous tombez des nues: comment cela? Vous ne saviez pas que c'est des putes que la mafia tire l'essentiel de son profit?

LA BELGIQUE-J'ai toujours trouvé Tintin complètement insipide et avant que vous me retraitiez de snob, sachez que ce dédain m'a été inoculé par la plus roturière des institutions: l'école publique et républicaine française. J'ai eu pendant des années le même instit qui s'est appliqué à nous vacciner contre les livres avec des dessins. Les dessins, c'est pour les crétins, professait-il en débusquant la bande dessinée dans le pupitre du crétin en question. Ce n'était pas très pédagogique et bien mal nous préparer à un avenir qui allait être, on le voit bien, tout en images.

Pour revenir à Tintin, ce n'est pas vrai que c'est pour les 7 à 77 ans. Le plaisir qu'y prennent les plus âgés est celui, enfoui, de leur première lecture, le parfum de leur enfance. Quand on parcourt Tintin, comme moi, pour la première fois à l'âge adulte, on trouve cela sans aucun intérêt.

Cela pour vous dire que je veux bien qu'on traduise Tintin en chinois, en bulgare, en polonais, en papou et pourquoi pas en joual; il en a beaucoup été question la semaine dernière. En joual, pourquoi pas? Pour moi, cela restera toujours du belge.

L'écrivain avec des couleurs

L'autre jour, ma libraire m'a mis dans les mains le livre d'un nouvel écrivain qui n'en était pas un jusqu'à ce roman; il est peintre, très connu paraît-il à Montréal, où il vit quand il n'est pas dans son atelier de Brooklyn.

Il s'appelle Marc Séguin. Il vient de publier chez Leméac La foi du braconnier. C'est l'histoire d'un monsieur moitié mohawk qui écrit «fuck you» sur une carte d'Amérique du Nord, le F en Saskatchewan, le dernier U du côté de Montmagny, avec aussi une lettre, je ne sais plus laquelle, qui déborde au Dakota. Il décide de suivre avec son pick-up le tracé à l'encre bleue de chacune des lettres du fuck you. Mais on sera bien plus souvent dans la géographie de ses tourments que dans celle du terrain. Il vient de rater son suicide. Il tue un ours de 350 kilos et explique comment le dépecer pour aller extraire la vésicule. Il ouvre un restaurant ; premier plat cuisiné : tripes de chevreuil mijotées avec des bébés choux de Bruxelles à la menthe; boisson: Dom Pérignon relevé de Red Bull. Comme dans tous les romans, c'est aussi l'histoire d'un gars qui aime une fille.

Si vous voulez mon avis, ce livre-là est surtout l'histoire étonnante d'un peintre très très doué pour écrire.

Il ne devrait pas en douter. Je dis cela parce que comme souvent les gens qui doutent, il en fait parfois trop. Par exemple: Je tue des bêtes pour ne pas tuer des hommes! (lâche surtout pas!). Par exemple: La vie est une fiction dans laquelle nous ne sommes pas tous des personnages. Par exemple: Je déteste les rétrospectives elles colmatent le temps avec des murs blancs.

Je ne sais pas pour les couleurs en peinture, mais en littérature, il faut toujours faire bien attention de ne pas mettre trop de mots. Les mots, c'est un truc de chroniqueur.

ERRATOUME, TOUME-TOUME-Une lectrice note que dans ma chronique de samedi, je dis de Lévi-Strauss qu'il n'était qu'anthropologue, au passé. Il l'est toujours, toujours un des très grands esprits de notre époque; il a fêté ses 100 ans cette année, en bougonnant d'ailleurs contre la société du spectacle.