Dans plusieurs années, lorsqu'on reparlera de cette campagne électorale municipale, on pourra dire qu'un abcès a été crevé en 2009.

Mis à jour le 23 oct. 2009
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Financement douteux des partis politiques, collusion dans les soumissions aux appels d'offres, possible infiltration de la mafia à l'hôtel de ville de Montréal (selon Benoit Labonté), intimidation, violence... Les révélations et les accusations fusent de toutes parts ces jours-ci.

Les scandales qui ébranlent l'administration Tremblay depuis plus d'un an auront finalement été un élément déclencheur qui a des répercussions dans l'ensemble du Québec. L'abcès est crevé, donc. Maintenant, il faut nettoyer la plaie.

Hier matin, dans les pages du Devoir, le maire Tremblay a fait des révélations pour le moins fracassantes: non seulement le premier magistrat de Montréal était-il au courant depuis son arrivée en politique municipale des enveloppes brunes à l'hôtel de ville mais en outre, il admet craindre pour la sécurité de sa famille. Gérald Tremblay révèle en outre avoir trouvé deux bombes à son chalet en 2005! Dans un revirement à 180 degrés, il nous assure avoir tout essayé pour faire le ménage à Montréal, en vain, visiblement.

Cette nouvelle tactique de communication qui est en fait, ne soyons pas naïfs, une tentative de «damage control» à la veille de l'entrevue de Benoit Labonté, est pour le moins étonnante. Il faut se souvenir qu'au cours de la dernière année, à chaque nouvelle information diffusée par les médias, M. Tremblay prétendait chaque fois qu'il ne savait rien. Donc, on comprend aujourd'hui qu'il a menti. De plus, il accusait les médias, en particulier La Presse, de mener une vendetta contre lui alors que tout ce qui a été publié était exact. Aurait-il préféré que rien ne se sache et que les choses continuent comme avant? S'il est vrai que M. Tremblay a gardé le silence alors qu'il savait beaucoup de choses, il devrait présenter des excuses à la population ainsi qu'aux médias qui ont contribué à exposer la corruption au grand jour.

Aux révélations de M. Tremblay s'ajoutent celles de Benoit Labonté. L'ex-bras droit de Louise Harel est politiquement mort, mais il a choisi de ne pas couler seul. Son témoignage-choc ébranle les colonnes du temple et devrait faire l'objet d'une enquête approfondie.

En fait, les informations révélées par le maire de Montréal et par le maire de l'arrondissement Ville-Marie (à condition que M. Labonté dise la vérité) devraient être répétées sous serment, devant une commission d'enquête. La nouvelle escouade spéciale mise sur pied par le gouvernement Charest a sans doute son utilité, mais il faut se demander quel est l'objectif le plus important: arrêter deux ou trois entrepreneurs qui se paieront d'excellents avocats pour se défendre, et qui écoperont peut-être d'une minuscule peine de prison? Ou entendre tous les témoins (politiciens, fonctionnaires, entrepreneurs) qui permettront de mettre au jour le système de corruption qui ronge nos institutions démocratiques?

Continuer à dire, comme le font plusieurs, qu'une enquête publique ne donnerait rien qui vaille, c'est alimenter le cynisme d'une population qui est déjà fortement dégoûtée. Quoi qu'en pense le premier ministre Charest, une commission d'enquête a plus que jamais sa raison d'être.