Louise Harel répète qu'elle s'est lancée en politique municipale pour faire le ménage à l'hôtel de ville. Or c'est dans son propre parti, Vision Montréal, qu'elle a dû donner le premier vrai coup de balai.

Mis à jour le 19 oct. 2009
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Hier matin, à la suite de nouvelles révélations du réseau TVA, Mme Harel a servi un ultimatum à Benoit Labonté. Quelques heures plus tard, il mettait fin à sa vie politique.

Les allégations à l'endroit de M. Labonté sont sérieuses. Selon des sources anonymes, il aurait assisté à plusieurs rencontres avec des entrepreneurs en construction, dont Tony Accurso, rencontres qui lui auraient permis d'amasser plusieurs dizaines de milliers de dollars pour financer sa course à la chefferie de Vision Montréal.

Mme Harel n'avait pas le choix de se montrer intransigeante à l'endroit de son bras droit. On ne peut mener une campagne sur les thèmes de l'intégrité et de la transparence en matière de financement des partis sans appliquer des règles exemplaires au sein de sa propre équipe. La chef de Vision Montréal avait raison, hier, de demander au Directeur général des élections du Québec (DGEQ) de faire enquête sur les allégations rapportées par les médias au sujet de M. Labonté. Il est en outre impératif de revoir la loi électorale sur le financement des partis politiques et de resserrer les dispositions concernant le financement des courses à la chefferie.

Mme Harel a par ailleurs pris une bonne décision en demandant à Pierre Lampron de devenir son lieutenant et l'éventuel président de son comité exécutif. M. Lampron a une vaste expérience en gestion et, surtout, une réputation sans faille.

Le leadership et la fermeté dont a fait preuve Louise Harel durant la crise des derniers jours tranchent avec les valses-hésitations du maire Tremblay lorsqu'il s'est trouvé dans une situation semblable. En apprenant le séjour du président du comité exécutif de la Ville sur le yacht de Tony Accurso, l'administration Tremblay avait d'abord déclaré que ce voyage relevait de «la vie privée» de M. Zampino.

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Mme Harel est arrivée à Vision Montréal en juin dernier, soit bien après les faits reprochés à M. Labonté. Son intégrité n'est donc absolument pas remise en question.

Cela dit, on peut se demander si elle avait fait toutes les vérifications nécessaires avant de faire équipe avec l'ancien président de la Chambre de commerce de Montréal. Un reporter de ruefrontenac.com affirme que Mme Harel avait été avertie des «squelettes dans le placard» de M. Labonté lorsqu'elle a fait le saut dans l'arène municipale. Si c'est exact, avait-elle posé les bonnes questions avant de mettre sa réputation en jeu au sein d'un parti qui avait déjà été l'objet d'enquêtes, et qui avait reçu des contributions illégales de la firme de construction Altima en 2005?

Toute cette histoire montre à quel point un grand ménage s'impose dans le monde municipal.

La tenue d'une enquête publique qui se pencherait entre autres sur les liens entre les élus municipaux et le milieu de la construction est plus que jamais nécessaire. C'est le seul geste qui pourrait mettre fin aux hauts le coeur ressentis dans la population au cours des derniers jours.