Le reportage de l'émission Enquête présenté jeudi soir à l'antenne de Radio-Canada est accablant. Il expose les détails du mécanisme de collusion en place dans le milieu de la construction, collusion qui fait en sorte que les contribuables paieraient 30%, 35% et peut-être même 50% plus cher que le prix réel pour des travaux d'infrastructures routières.

Mis à jour le 17 oct. 2009
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Les reporters ont également mis à jour l'association entre un puissant entrepreneur et la mairesse de Boisbriand, Sylvie St-Jean, pour «arranger» les prochaines élections dans cette ville de la couronne nord. Il ne s'agit pas de vagues soupçons, des conversations ont été enregistrées. Cette dame devrait démissionner.

 

Au cours des derniers mois, les médias ont levé le voile sur les liens douteux qui unissent les entrepreneurs en construction, le crime organisé et des acteurs du monde municipal. En août dernier, le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, s'est contenté d'affirmer qu'il s'agissait de cas isolés et qu'«on ne ferait pas de grande enquête là-dessus». Il ne peut plus tenir ce discours aujourd'hui. Il est clair que nous sommes face à un système établi et étendu à la grande région montréalaise (et sans doute ailleurs dans la province). La situation est d'autant plus alarmante que les millions pleuvent depuis que les deux ordres de gouvernement ont choisi d'investir dans les infrastructures pour nous sortir de la crise. Plus que jamais, la vigilance quant à l'attribution des contrats et l'instauration de bonnes pratique s'impose.

Le mutisme du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, s'explique difficilement. Pourquoi ce silence? Il se peut que les forces policières lui aient demandé de ne rien faire parce que des enquêtes allaient bientôt aboutir sur des accusations formelles. Mais cet argument tient de moins en moins la route. Le reportage d'Enquête a bien montré les limites de ces enquêtes. Un fonctionnaire du ministère des Transports a porté plainte à la Sûreté du Québec en 2003. L'enquête a abouti des années plus tard et s'est soldée par un coup de règle sur les doigts de l'entrepreneur en question. Est-ce vraiment l'objectif visé?

Au mieux, des enquêtes aboutiront à des poursuites contre une poignée d'entrepreneurs alors que c'est un système corrompu jusqu'à la moelle (les codes de la partie de golf en sont bien la preuve) qu'il faut attaquer. Il est plus que temps d'envoyer un signal puissant au milieu de la construction: la récréation est terminée. Une commission d'enquête publique a non seulement des pouvoirs d'enquêter, elle a aussi une importante valeur symbolique. Lorsqu'un gouvernement annonce à la population la tenue d'une enquête publique dans un milieu en particulier, on comprend qu'il y aura onde de choc, bouleversement des moeurs, grand ménage. Pour toutes ces raisons, et pour que la population québécoise sente que le gouvernement est au diapason de son indignation, il faut que le premier ministre Jean Charest annonce la tenue d'une telle enquête rapidement.

nathalie.collard@lapresse.ca