Le dollar canadien a dépassé la marque des 97 cents américains au cours de la journée pour sagement revenir à 96,48 cents en clôture. Ce sursaut a néanmoins ravivé les craintes que notre devise puisse retrouver, ou même dépasser, la parité avec le dollar américain dans les semaines ou les mois qui viennent.

Mis à jour le 14 oct. 2009
Alain Dubuc, collaboration spéciale
Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

Il est, hélas! probable que notre dollar continuera à grimper. Il faut s'en inquiéter. Ce serait une très mauvaise nouvelle pour l'économie canadienne. Et le pire, c'est qu'il n'y a rien à faire, que nous sommes parfaitement impuissants.

 

Un dollar plus haut, qui fait la joie des touristes, pénalise les entreprises exportatrices parce que leurs produits valent soudainement plus cher sur les marchés étrangers. On a vu, il y a deux ans, les ravages provoqués par la remontée de notre dollar à près de 1,10 $US. Le secteur manufacturier a perdu des emplois par dizaines de milliers. Une autre remontée affecterait à nouveau un secteur manufacturier déjà malmené par la récession, freinerait les exportations et risquerait ainsi d'affecter la vigueur de la reprise.

À l'heure actuelle, ce n'est pas tant le dollar canadien qui grimpe que le dollar américain qui dégringole, parce que l'économie américaine est fragile, que sa reprise est hésitante. Il est normal qu'une économie mal en point voit sa devise perdre de sa valeur. À cela s'ajoute le fait que le billet vert perd son attrait comme valeur refuge. Notre dollar monte également parce que l'économie canadienne est en meilleur état que la plupart des autres. Et c'est ainsi qu'il a progressé de 4,5% par rapport à l'euro depuis deux semaines et demie.

Il y a donc des facteurs tangibles derrière l'appréciation du dollar canadien. Mais il faut aussi compter sur le jeu destructeur de la spéculation. Notre dollar est très vulnérable aux mouvements des capitaux. Il est en outre très sensible aux fluctuations des prix des ressources et surtout à ceux du pétrole, le paradis des spéculateurs. L'expérience a montré qu'un intérêt pour le dollar canadien peut soudainement se transformer en passion. Comme lors de la flambée de l'automne 2007. L'inverse est également possible. On l'a vu en octobre dernier, quand il a plongé de 96 cents à 78 cents en quelques semaines, même si l'économie canadienne résistait mieux à la tourmente.

En soi, nos entreprises peuvent résister à une remontée raisonnable du taux de change. Mais elles peuvent difficilement s'ajuster à des mouvements brusques comme ceux que nous connaissons: le dollar a grimpé de 5% en 10 jours. D'autant plus qu'on ne sait pas quand et à quel niveau cela va s'arrêter.

Que faire? Le gouvernement canadien ne peut rien faire. C'est en substance ce que le premier ministre Stephen Harper a dit hier en conférence de presse. Il se dit inquiet, mais ajoute que c'est du ressort de la Banque du Canada. C'est ce qu'il devait faire dire pour respecter l'indépendance de la banque centrale.

Et la Banque du Canada? Elle a jusqu'à un certain point les mains liées, parce qu'elle ne peut plus compter sur son principal outil, une baisse des taux d'intérêt, puisqu'ils sont déjà presque à zéro. Ce qui est cependant nouveau, c'est que le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a récemment dit s'inquiéter de la hausse du dollar, ce qui est un changement de cap pour une banque. Il peut intervenir sur les marchés, envoyer des messages aux spéculateurs.

Mais la morale de l'histoire, c'est qu'on ne pourra pas se protéger contre les hausses brutales du taux de change tant qu'on n'aura pas trouvé une parade contre le fléau de la spéculation.