Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a pris une excellente décision en montrant la porte au directeur général de la Ville, Claude Léger, ainsi qu'au directeur principal des affaires corporatives, Robert Cassius de Linval. Ces deux hommes, impliqués dans le contrat des compteurs d'eau ainsi que dans la privatisation avortée de la SHDM, devaient partir.

Mis à jour le 23 sept. 2009
Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Le maire a également annulé le contrat des compteurs d'eau même si cette décision ne sera peut-être pas la meilleure d'un point de vue financier. Pour l'instant, M. Tremblay est incapable de nous dire combien cette décision coûtera aux contribuables montréalais.Le maire a donc agi, comme il aime bien nous le répéter. Sauf que ses actions sont insuffisantes.

Celui qui dirige les destinées de la Ville depuis huit ans doit reconnaître publiquement sa responsabilité dans l'attribution du contrat des compteurs d'eau. On ne peut pas être maire et ne pas être imputable des décisions des élus et des fonctionnaires que l'on dirige.

Au printemps dernier, Gérald Tremblay, cramoisi d'indignation, défendait ce contrat en affirmant qu'il avait été accordé selon les règles de l'art. Depuis des mois, il laisse entendre que les médias s'acharnent sur son administration. Aujourd'hui, il ne peut faire autrement que d'accepter les conclusions du vérificateur général, dont il ne peut absolument pas remettre en question l'objectivité. Or que nous dit Jacques Bergeron? Que l'attribution de ce contrat comporte plusieurs accrocs aux règles en vigueur. Que certaines décisions frisaient l'illégalité. Et que des faits étaient à ce point troublants qu'il les a transmis à la Sûreté du Québec.

Face à des constats aussi graves, le premier dirigeant de la Ville n'a pas le choix. Il doit admettre qu'il a failli à la tâche.

Le maire Tremblay n'a pas été suffisamment vigilant. Lundi, il a déclaré à Radio-Canada que des rumeurs de corruption dans le milieu de la construction circulent depuis plusieurs années. Dans ce cas, comment se fait-il qu'il n'ait pas été ultra-prudent en ce qui concerne le contrat le plus important de l'histoire de la métropole? On ne parle pas d'un banal contrat mais bien d'un énorme contrat dépassant les 600 millions de dollars. Le maire aurait dû être sur ses gardes, poser plus de questions qu'à l'habitude, demander des comptes sur une base régulière. Il a fait preuve de négligence en accordant une confiance aveugle à son entourage. Et que dire de l'attitude des membres du comité exécutif de la Ville, l'équivalent d'un conseil d'administration? Dans le secteur privé, face à des faits aussi accablants, les actionnaires les vireraient sur-le-champ.

Chaque fois qu'un scandale éclate sur la place publique, le maire répète la même chose: je n'étais pas au courant, j'ai agi lorsque j'ai eu les informations en main. Cette défense ne tient plus la route depuis longtemps. Lorsqu'on est élu, lorsqu'on dirige les destinées d'une ville, il faut reconnaître sa responsabilité, même quand tout dérape. Surtout quand tout dérape.