Vue d'ici, la virulence des protestations qui ont cours aux États-Unis contre le projet de réforme des soins de santé est tout bonnement stupéfiante. Barack Obama travesti en Joker. Staline et Hitler servant de points de comparaison. Des appels surréalistes à ne pas « tuer grand-maman «... Tout cela est tellement hors de proportion avec l'objet du débat ! De sorte que voir cette rhétorique ignare, irrationnelle, souvent haineuse, occuper toute la place nous paraît totalement incompatible avec le fait que c'est ce même électorat qui, il y a peu, a porté Obama à la Maison-Blanche.

Mis à jour le 15 sept. 2009
Mario Roy LA PRESSE

Bien sûr, il ne faut pas oublier que, loin des caméras de la télévision, la moitié de la population demeure favorable à ce que fait le président en cette matière (48 % pour et 48 % contre, hier, Washington Post/ABC News).

 

Mais tout de même : pourquoi cette folie ?

Il n'y a pas que la grogne organisée par les républicains, la droite religieuse, les ténors de la radio-poubelle et les groupes de pression ad hoc. Il n'y a pas non plus que les phobies nationales. L'État fédéral, les communistes, les immigrants, l'avortement... et ce que chacun redoutait en silence : la couleur de la peau du président, qui fait bel et bien partie de l'équation.

Non, il y a pire. Et c'est le spectre de la mort.

* * *

Sarah Palin n'a rien inventé en jetant dans le débat les « tribunaux de la mort «. Il y a presque un an, Obama à peine élu, le Washington Times avait subtilement évoqué un programme d'État de l'Allemagne nazie, le T4, prescrivant l'euthanasie en certains cas (Palin l'avait bien dit qu'elle lisait les journaux !).

L'image est particulièrement vicieuse parce qu'elle fait entrer dans la pièce l'éléphant que personne n'ose regarder : le rationnement des soins de santé, dont la nécessité est universelle quel que soit le régime - public, privé ou mixte - sous lequel on vit... et meurt.

On aurait tort de se moquer.

«Les Américains ont non seulement peur de la mort, mais peur aussi d'y penser et d'en parler !» écrit le Newsweek. Des froussards ? Peut-être. Mais ils ne sont pas les seuls. Ici, 81 % des Canadiens n'ont jamais parlé des soins de fin de vie avec un professionnel de la santé (Léger Marketing). L'affaire est pour nous tellement délicate qu'une dramaturge, Manon Lussier, a senti le besoin de monter une pièce sur cette zone terrifiante qui entoure l'acte de mourir ; sa création, Un suaire en Saran Wrap, sera présentée à compter de ce soir au Théâtre d'aujourd'hui.

En matière de soins de santé, donc, les Américains ont peur du changement ? Peut-être. Mais ils ne sont pas les seuls. Ici, en une image-miroir de ce qui se passe aux États-Unis, la plus petite allusion à un rôle quelconque éventuellement alloué au secteur privé provoque des hurlements dont la stridence n'est pas moindre que ce qui nous crève les tympans depuis des semaines à CNN et à Fox News...

Alors, les nerfs.

Ce débat n'est facile pour personne.

Pensez à la mort.