Ça fait longtemps que je ne vous ai pas donné de nouvelles de ma soucoupe. Mais si, ma soucoupe Bell. Je vous avais raconté, cette énorme branche qu'ils m'ont fait couper, la condition pour m'ouvrir une fenêtre sur le monde, qui s'avéra bien plat, le monde, quoi qu'en dise Galilée.

Pierre Foglia LE SOLEIL

Un peu moins plat ces jours-ci grâce au hockey. Des séries incroyables, non? Pittsburgh-Washington bien sûr, mais le croirez-vous, j'ai eu plus de plaisir encore à voir jouer Chicago. Patrick Kane, ça vous dit quelque chose? Le dernier but du dernier match? Vous pensiez bien que Vancouver ne ferait qu'une bouchée des Hawks? Moi aussi. Bien content de m'être trompé. Anyway, ce n'est pas une chronique sur le hockey, c'est une chronique sur la télé italienne.

Parce que grâce à ma soucoupe je peux aussi suivre le Tour d'Italie en direct. J'ai appelé Bell: pourrais-je avoir la RAI pour un mois?

Certainement, monsieur.

Tout à coup, je regrette moins d'avoir coupé mon arbre. Pour 2,50$, le Tour d'Italie en direct, Lance Armstrong, les Dolomites, l'Adige, le Piave, dans mon salon. Pas seulement le Tour d'Italie. Toute la RAI. 24 heures de programmation de la Radio televisione italiana version internationale. La TV5 des Italiens, si vous voulez. Sauf que ce n'est pas nul comme TV5, c'est... comment dire? C'est complètement dément. Le boutte du boutte de la vulgarité. J'ai honte. D'ailleurs vous m'avez toujours mal compris, je ne vous ai jamais dit que j'étais italien, ma mère est monégasque, mon père luxembourgeois, mes grands-parents étaient népalais. Je n'ai absolument rien à voir avec l'Italie.

Je croyais que la pire télévision au monde était mexicaine, suivie de près par l'espagnole. C'est l'italienne, par mille longueurs.

T'ouvres la télévision et tu tombes presque toujours sur un jeu à la con, et t'as tout de suite envie de les gifler.

Tous. Même les petits enfants. C'est ce qu'il y a de pire à la télévision italienne: les petits enfants. Y'en a plein tout le temps qui chantent. Ils ont l'air de pâtisseries moyen-orientales cheap. D'après moi, ils doivent les tremper dans du miel ou les recouvrir d'un frosting quelconque avant de les amener sur le plateau.

Et les femmes! Un peu comme les cultivateurs de la plaine du Pô ont créé une race de vaches exprès pour donner le lait dont on fera le parmesan, les Italiens ont créé une race de femmes exprès pour passer à la télé, que ce soit pour lire le téléjournal, animer les jeux, faire chanter les petits enfants, des femmes qu'on ne voit jamais dans les rues de Milan ou de Bologne, qu'on ne voit qu'à la télé, blondes, bronzées, des gros gros gros totons, des grosses grosses grosses babines.

Je ne sais pas ce que vous pensez d'Anne-Marie Losique; moi aussi je pensais ça et j'ai complètement changé d'idée depuis que je regarde la RAI.

Je pense tout à coup à la littérature italienne, disons à l'écriture italienne. Les Italiens écrivent souvent endimanchés, avec apparat, avec solennité et cela donne souvent des livres cérémonieux. Quel rapport avec l'extrême vulgarité de la télé italienne? Aucun, sauf l'artificialité. Quand tu lis un livre italien, tu ne retrouves pas l'Italie réelle, pareil pour la télé qui n'est même pas une caricature de l'Italie, mais un lieu enchanté - je n'ai pas dit enchanteur - en cela qu'il est habité de créatures qui n'existent pas dans la réalité. La télé italienne, c'est du Fellini sur l'acide qui, toutes les cinq minutes, refait se baigner une Suédoise nue dans la fontaine de Trevi.

Je reviens au Tour d'Italie qui, outre une course excitante, nous montre des paysages incroyables de beauté et tu te dis : merde, c'est quand même dommage.

Vous n'êtes pas tannés?

La chronique de Patrick Lagacé, mardi dernier. Vous l'avez lue? Vous devriez. Je ne serai peut-être pas capable de vous la raconter, c'est le genre de sujet dans lequel je m'étouffe tout de suite d'indignation. J'ai même appelé Boisvert pour qu'il en parle sereinement plutôt que moi qui vais sûrement déraper. Il a décliné. Tant pis, dérapons.

Cette question qui mettra la table: vous n'êtes donc pas tannés de laisser le marketing vous manipuler, vous abuser, vous tromper avec une absence de retenue et de règles, avec un cynisme qui confine au viol - au viol oui, j'ose vous le demander, vous n'êtes pas tannés de vous faire enculer par le marketing? - vous n'êtes pas tannés de laisser ces spécialistes en «communications stratégiques», faire de notre vivre-ensemble un immense piège à cons?

Stationnement de Montréal, l'entreprise privée qui gère entre autres le tout nouveau service du vélo Bixi, demande à Morrow Communication, une boîte de marketing, de voir à ce que le Bixi soit bien accueilli par la population. C'était en 2008.

Morrow Communication invente alors trois personnages comme pour une bande dessinée ou un roman, trois personnages qui n'existent absolument pas mais qui lancent néanmoins un blogue de passionnés de vélo sur le Net, ont leur page sur Facebook, un faux blogue pour faire de la vraie pub, lancé par Mélanie Gomez qui n'existe pas, par Pénélope Riopelle qui n'existe pas non plus... Réalisez-vous à quel point rien, RIEN, n'est laissé au hasard pour vous fourrer à l'os? Pas Mélanie Côté. Mélanie Gomez. Et Pénélope Riopelle, entendez la musicalité: Pénélope Riopelle. C'est une science. Elle s'étudie à l'université. Titre du cours: comment fourrer le monde.

Combien on parie que vous allez m'écrire que ce n'est pas grave? Comme ce prof des HEC qui trouve ça... astucieux. Prof de quoi pensez-vous? De marketing.

Quant au maire, interrogé par mon confrère Cardinal, un maire ni chair ni poisson comme d'habitude, il a fini par dire qu'il fait confiance aux méthodes modernes de mise en marché. Ben tiens. (En passant, c'est Lagacé qui le note, Morrow Communication conseille le maire à l'occasion).

Imaginez! Tout ce cinéma pour le Bixi, un projet sympathique, vendu d'avance. Imaginez la bullshit qu'on est prêt à vous shooter dans la face pour vous dire que le maire est correct?

Se pourrait-il que les gens qui s'occupent d'éthique publique, notamment les gens du laboratoire d'éthique publique de l'ENAP, se penchent sur cette histoire quand ils auront cinq minutes, et en fassent une communication officielle? On les en remercie d'avance.