«Les rouges sont de retour», a scandé le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff.

Publié le 23 mars 2009
Vincent Marissal LA PRESSE

«Le scandale des commandites est derrière nous», ont affirmé certains de ses députés.

«Nous sommes redevenus l'option fédéraliste», ont ajouté des militants.

Pas de doute, le moral est à la hausse dans les troupes libérales au Québec, réunies en conseil général au cours du week-end à Laval.

Excès d'optimisme? Oui, sans doute, mais peut-on blâmer les libéraux, eux qui voient poindre une lueur d'espoir après des années de misère?

La grande question, toutefois, parmi les journalistes (et même parmi les organisateurs libéraux), hier, était de savoir comment, concrètement, Michael Ignatieff réussira à convaincre les Québécois que son parti a vraiment changé. Autrement dit, il ne suffit pas d'accrocher une banderole «nouvelle administration» devant le restaurant, il faut aussi changer le menu.

En fait, la réponse à cette question est peut-être, curieusement, de ne pas trop en faire. Voilà la meilleure nouvelle cachée derrière les chiffres très encourageants du sondage Nanos publié par La Presse samedi: le Parti libéral monte tout seul, tout simplement parce que l'usure du pouvoir commence à éroder les appuis des conservateurs.

La nature a horreur du vide et les libéraux, sans pousser trop, reprennent leur place, en particulier en Ontario et au Québec.

La crise économique, évidemment, ne fait qu'accélérer le phénomène d'usure du parti au pouvoir, ce qui laisse croire que les libéraux n'ont qu'à attendre sagement leur heure sans prendre de risques inutiles, sans exposer leur chef aux coups des adversaires.

Dans les rangs libéraux, l'idée de défaire le gouvernement l'automne prochain compte de plus en plus de partisans. La stratégie est simple : profiter de la faiblesse des conservateurs et convaincre l'électorat que leur plan économique a échoué. Logiquement, les partis de l'opposition doivent agir avant une éventuelle reprise, dont le gouvernement profiterait nécessairement.

La débandade des conservateurs au Québec se comprend aisément. Le courant ne passe plus entre les Québécois et Stephen Harper, qui, de plus, doit maintenant faire face à un chef libéral beaucoup plus populaire.

Les conservateurs, d'ailleurs, ne font pas vraiment d'effort pour améliorer leur sort ici, à commencer par le premier ministre, que l'on ne voit pas souvent au Québec.

La déconfiture des conservateurs en Ontario leur fait beaucoup plus mal puisque c'est là qu'ils ont tout misé. Aide massive à l'industrie de l'auto, réchauffement des relations avec Queen's Park et omniprésence de Stephen Harper (depuis quelques semaines, il ne se passe pratiquement pas une journée sans que le premier ministre visite une ville ontarienne) ne suffisent apparemment pas à marquer de précieux points en Ontario. Au contraire, les conservateurs perdent du terrain.

Il faut dire que les bleus ne s'aident pas beaucoup, ces temps-ci. Un ministre des Sciences créationniste, un autre qui voulait assister à une activité où on faisait tirer une arme à feu, le premier ministre qui critique en privé Barack Obama après l'avoir chaleureusement accueilli à Ottawa et qui demande aux chasseurs de faire pression sur les Communes pour abolir le registre des armes à feu... On dirait bien que l'ADN réformiste reprend ses droits chez les conservateurs.

Les astres s'alignent-ils, comme on l'a entendu hier à Laval, pour que les libéraux reviennent au pouvoir?

Ils aiment bien y croire, mais les plus aguerris d'entre eux évoquent cette possibilité avec la prudence d'un cancéreux en rémission qui parle de ses projets d'avenir. Avec humilité, même - signe, peut-être, que les libéraux commencent à comprendre, après quelques années sur les banquettes de l'opposition, que le pouvoir ne leur est pas dû de grâce divine.

Même modération, d'ailleurs, dans leurs sentiments envers leur nouveau chef, Michael Ignatieff. Bien sûr, les libéraux québécois sont ravis de l'arrivée d'«Iggy» (ils l'attendent depuis trois ans, après tout), mais l'épisode Paul Martin les a guéris du syndrome du sauveur.

L'appel de Michael Ignatieff aux nationalistes québécois (vous n'avez pas à choisir entre votre fierté d'être Québécois ou celle d'être Canadien) a été bien reçu par les militants réunis à Laval. Idem pour le rappel des racines québécoises de leur chef (ses grands-parents ont immigré de Russie pour s'installer dans les Cantons-de-l'Est).

Cela dit, les libéraux reconnaissaient unanimement hier, après le discours de leur chef, qu'il doit montrer plus de chaleur, qu'il doit laisser ses notes et parler avec le coeur, non seulement avec la tête. Bref, il doit s'éloigner de son plus grand handicap: son image de prof de Harvard.

En point de presse, où il a répondu aux questions spontanément, sans texte, il était déjà bien meilleur. Plus sûr de lui, il parlait avec conviction.

M. Ignatieff se flatte (avec raison) de savoir que Barack Obama a lu ses livres. Il aurait maintenant intérêt à s'inspirer lui-même du président américain pour toucher les électeurs.