Il y a une contradiction dans le discours du gouvernement Charest sur la lutte à la récession, une contradiction si importante qu'on peut parler d'incohérence.

Mis à jour le 13 mars 2009
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Le premier ministre Jean Charest, et sa ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, ont expliqué et réexpliqué qu'au moment de la campagne électorale, on ne pouvait pas prévoir un choc économique aussi majeur. C'est après les élections que les conditions ont empiré; entre novembre dernier et ce mois de mars, le changement du contexte économique a été radical. Les faits leur donnent raison.

 

Par contre, si le contexte a changé, comment se fait-il alors que le plan proposé par les libéraux pour combattre la crise économique est exactement le même que celui qu'ils avaient présenté pendant la campagne électorale, quand ils croyaient que le Québec pourrait échapper à la récession? L'arsenal de mesures évoquées par le premier ministre Charest dans son discours inaugural de mardi dernier est en effet un copier-coller du programme électoral. C'est très difficile à comprendre.

Revenons un peu en arrière. Au moment du déclenchement des élections, le gouvernement, en se reposant sur le consensus du secteur privé, s'attendait à ce que l'économie ralentisse en 2009, mais qu'elle soit encore en croissance, à un rythme très lent de 0,6%. Malgré la tourmente, il était possible d'éviter la récession.

C'est ce que la plupart des économistes croyaient à l'époque et c'est ce que le gouvernement a pu croire en toute bonne foi. C'est à la fin novembre et en décembre que les spécialistes se sont mis à revoir leurs prévisions à la baisse et à réaliser que personne n'échapperait à la récession et que celle-ci serait sérieuse. Le chef de l'opposition, Pauline Marois, affirme que M. Charest était le seul à ne pas voir la récession arriver. C'est faux. Au Canada, aux États-Unis, en Europe, on a assisté aux mêmes revirements en fin d'année.

Mais maintenant, on prévoit que l'économie québécoise reculera de 1 ou 1,5% en 2009, des chiffres qui seront sans doute révisés à la baisse. On s'entend pour dire que le Québec fera un peu mieux que le Canada parce qu'il est moins affecté que l'Ontario et l'Ouest. On voit aussi que le Canada fait mieux que les autres pays industrialisés.

Il n'en reste pas moins que le recul sera important. Et qu'on ne combat pas une récession, avec une baisse de l'activité qui atteindra peut-être 2%, de la même façon qu'on essaie de stimuler une économie qui croît de 0,6%. En quatre mois, les choses ont beaucoup changé. Le gouvernement Charest doit donc changer lui aussi. Si les mesures annoncées par les libéraux étaient appropriées en novembre, par définition, elles ne suffisent plus maintenant.

Le discours inaugural du premier ministre Charest n'était donc pas à la hauteur. M. Charest, par exemple, a réussi le tour de force de ne pas prononcer le mot récession dans son discours. Dans la tourmente, on n'a pas besoin de langue de bois.

Parce que les circonstances sont exceptionnelles, il faudra plus de ressources qu'on le prévoyait pour stimuler l'économie et venir en aide aux victimes, plus d'énergie, plus d'imagination. D'autant plus que le principe de précaution s'impose. Parce que l'avenir est incertain, le gouvernement doit avoir des plans de contingence pour être prêt à agir rapidement si les choses vont plus mal que prévu.

Bien sûr, un discours inaugural est souvent vague. Ce qui comptera, ce sera plutôt le budget que présentera la semaine prochaine Mme Jérôme-Forget. Mais pour que ce budget soit à la hauteur de la situation et des attentes, il faudra tout un virage dans le plan de match que propose le gouvernement libéral.