La reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham n'aura finalement pas lieu, mais elle a néanmoins fait une victime en plus de faire rejaillir deux constats.

Mis à jour le 18 févr. 2009
Vincent Marissal LA PRESSE

Sur le champ de bataille politique, la controverse a fauché Josée Verner, députée conservatrice à Québec et ministre des Affaires intergouvernementales de Stephen Harper.

 

En s'obstinant à défendre cet événement délicat, en insistant pour y participer et en se querellant sur le sujet avec les élus souverainistes de la Vieille Capitale, Mme Verner s'est placée résolument du côté des vaincus.

Les mauvaises langues diront que la ministre Verner n'était déjà pas une grande force politique dans le gouvernement conservateur, mais elle vient de subir une dure rebuffade (une autre) de son premier ministre et de ses collègues ministres.

Depuis des semaines, cette histoire de fêtes autour de la bataille des Plaines dégénère tranquillement en boulet politique pour les conservateurs. Josée Verner n'a apparemment rien vu venir. Humiliation suprême, deux de ses collègues ministres, Jean-Pierre Blackburn et Denis Lebel, ont désavoué la commémoration ces derniers jours, laissant Mme Verner encore plus seule au front.

À bien y penser, il y a probablement une autre victime: André Juneau, le président de la Commission des champs de bataille nationaux, qui, après avoir été forcé d'annuler l'événement, affirmait encore hier que c'est la faute de quelques «souverainistes extrémistes», et non pas de son manque de jugement.

Le bureau du premier ministre Harper, qui reproche déjà en privé à M. Juneau ses accointances libérales, ne lui fera certainement pas de cadeau pour le reste de son mandat.

Parlant du bureau du premier ministre, justement, premier constat de cette navrante affaire: comment se fait-il que l'entourage de Stephen Harper n'ait rien vu venir non plus, au point de devoir ordonner un recul qui a des allures de victoire pour les souverainistes?

Réponse: parce que le premier ministre ne comprend pas bien ce qui se passe dans la nation québécoise et qu'il n'a pas, dans son entourage, de véritables antennes braquées sur le Québec. Cela lui serait pourtant fort utile pour éviter les écueils aussi gros que celui-ci.

Stephen Harper, il est vrai, a ajouté quelques aides de camp québécois dans son personnel, mais son conseiller «senior» pour le Québec demeure Dimitri Soudas, un jeune homme dévoué et énergique, mais qui est aussi son attaché de presse.

Attaché de presse de premier ministre, c'est un gros job. Conseiller pour le Québec aussi. On ne peut pas faire sérieusement les deux en même temps, il faut choisir.

Quand tout le Québec parle d'une controverse, lorsqu'une de ses régions s'enflamme au gré des déclarations-chocs et même des menaces publiques de graves troubles de la part de quelques «crinqués» notoires, lorsqu'une agence de voyages britannique vend des forfaits à ses clients en les invitant à «suivre les traces de Wolfe dans sa guerre aux Français», lorsque tous les chroniqueurs disent que ce n'est pas une bonne idée, quelqu'un, quelque part, devrait réagir au bureau du premier ministre.

D'autant plus que, deuxième constat: le mouvement souverainiste n'est pas aussi endormi qu'aimeraient le croire les conservateurs à Ottawa. Ils auraient intérêt à en prendre note avant les prochaines élections.

La donne a changé: le PQ est redevenu le deuxième parti à l'Assemblée nationale, l'ADQ, si proche des conservateurs, n'est plus là pour faire contrepoids, et les Québécois sont dans une période d'hypersensibilité identitaire.

Ce sont peut-être (cela n'a rien de scientifique) les éléments qui expliquent le tollé contre la reconstitution de la fameuse bataille de 1759 cette année, alors que le même événement était pratiquement passé inaperçu en 1999.

Question de contexte, d'où l'importance d'avoir de bonnes antennes pour comprendre ce qui se passe sur le terrain. Cette fois, le mélange politique est devenu aussi explosif que les vieux canons qui devaient tonner de nouveau cet été sur les Plaines, mais les esprits n'ont pas toujours été aussi échauffés à l'idée de revivre cette bataille historique.

La preuve, voici en quels termes le collègue du Soleil, Louis-Guy Lemieux, résumait la première commémoration, celle du centenaire de la bataille, il y a 150 ans: «Le 13 septembre 1859, le jour même du 100e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham, sera aussi un jour de réconciliation entre les élites francophones et anglophones de Québec. Ce n'était pas ce qu'on pourrait appeler de l'amour, mais on voyait s'installer pour la première fois peut-être du respect mutuel.»

On ne peut toujours pas, 150 ans plus tard, appeler cela de l'amour...

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca