C'est un drôle de budget qu'a présenté le ministre Jim Flaherty. L'argent est sur la table. Les fonds sont bien là pour stimuler l'économie et lutter contre la récession. Mais le coeur n'y est pas. Ce budget, tout en dollars, n'a pas d'âme.

Mis à jour le 29 janv. 2009
Alain Dubuc, collaboration spéciale
Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

Ce malaise s'explique certainement par la genèse de ce budget. La démarche conservatrice, on l'a vu dans l'énoncé économique de novembre dernier, consistait à refuser de faire quoi que ce soit pour relancer l'économie. Un choix désastreux qui a failli mener à la chute du gouvernement Harper.

Cette crise politique, à laquelle s'est ajoutée la détérioration de la situation économique, a forcé les conservateurs à changer, à écouter, à concevoir un budget qui pourrait assurer leur survie politique, et donc qui puisse être populaire auprès des électeurs et acceptable pour les libéraux. Le résultat, politiquement hybride, pourrait passer à l'histoire comme le budget Harpatieff, ou Ignharper.

Le plan d'action économique du Canada propose une stimulation massive de l'économie canadienne: on injectera 29 milliards en 2009 en projets de relance, et 22 milliards l'an prochain. Cela fera basculer le gouvernement canadien en situation de déficit: 34 milliards en 2009-2010, et 30 milliards l'année suivante.

Mais le coeur n'y est pas. On sent que les conservateurs ont dû se lancer dans cette démarche à reculons, avec un fusil sur la tempe. Les déficits ne sont pas dans leurs gènes, l'intervention économique n'est pas un art qu'ils maîtrisent.

Résultat, le discours ressemble à un catalogue. Une énumération interminable de mesures, aide aux chômeurs, formation professionnelle, aide fiscale pour les faibles revenus, baisses d'impôt pour les classes moyennes, trop modestes pour constituer une pomme de discorde, rénovation domiciliaire, une liste interminable de projets d'infrastructures, aide aux entreprises et aux collectivités, qui répondent à une volonté de proposer des interventions rapides, ciblées et temporaires.

Mais il y a de la dispersion, beaucoup de saupoudrage, ce qui s'explique certainement par un effort de ce gouvernement menacé de plaire au plus grand nombre possible de citoyens. On a l'impression que les conservateurs, pris de court, ont assemblé tout ce qui pouvait dormir dans les cartons des ministères, sans réussir à intégrer ces mesures dans un effort de synthèse.

Au plan quantitatif, le budget jouera son rôle de stimuler la demande et d'encourager la croissance économique. L'intervention est majeure, elle équivaut à 1,9% du PIB, ce qui correspond aux cibles souhaitées par le Fonds monétaire international. Cela répond aussi aux attentes des partis de l'opposition qui réclamaient une intervention substantielle du gouvernement fédéral.

Il sera donc difficile pour le chef libéral Michael Ignatieff de rejeter ce budget, que son parti a largement inspiré, et qui n'est pas radicalement différent de ce que son parti aurait proposé s'il avait été au pouvoir. Il pourra trouver que c'est trop peu, critiquer certains choix du budget, certainement déplorer son manque de vision.

Car ce qui manque à ce budget, c'est un cadre qui donnerait un sens à ce festival de dépenses. Il est difficile de ne pas le comparer au plan du président Obama, dont les mesures s'inscrivent dans une démarche axée sur les infrastructures, l'éducation, le virage vert. Dans le budget Flaherty, pas de grande stratégie, pas de philosophie, peu d'éléments qui pourraient aider le Canada à devenir plus compétitif après la récession.

Et pourtant, le rôle d'un gouvernement dans la sortie de crise ne doit pas se limiter à stimuler la consommation. Il doit aussi mobiliser les citoyens et créer le climat qui viendra à bout de la perte de confiance et de la peur qui aggravent la récession. Et ça, le gouvernement Harper semble en être incapable.