Aux conférences sur le climat, les pays se divisent selon leurs d'affinités. Il y a le groupe Parapluie, par exemple, qui réunit des pays riches et non européens comme le Canada. L'Alliance des petits États insulaires, qui regroupe les pays vulnérables à la montée des eaux. Ou encore le curieux groupe de l'Intégrité environnementale, dans lequel on trouve le Mexique, la Corée et la Suisse.

François Cardinal
François Cardinal LA PRESSE

Mais au cours des dernières années, deux groupes plus importants encore ont silencieusement émergé, deux groupes que personne n'a encore nommés même si le prochain traité international risque bien d'être le résultat de leur affrontement...

 

Dans le coin gauche, les prosélytes scientifiques. Dans le coin droit, les apôtres économiques.

Menés par l'Union européenne, les prosélytes scientifiques se couchent le soir en lisant le plus récent rapport du GIEC. Récemment convertis, ils vous parlent néanmoins de ppm/an, de mégatonnes et d'équivalent CO2 comme s'il s'agissait d'une banale liste d'épicerie.

Ce groupe réunit le gros de la communauté internationale, pour des raisons évidentes: en plus des pays progressistes du Nord, on y trouve les victimes des changements climatiques du Sud.

Leur objectif: contenir le réchauffement de la planète sous les 2°C, ce qui implique que les émissions mondiales de gaz à effet de serre atteignent un pic d'ici à 2015, puis redescendent ensuite à la moitié de leur niveau actuel d'ici à 2050. Leur mantra: une réduction des émissions se situant entre 25 et 40% d'ici 2020.

Quant aux apôtres économiques, leur BlackBerry est branché sur le fil RSS du Wall Street Journal, ils mangent du CAC 40 pour déjeuner et du Dow Jones pour souper. La valeur comptable trône tout en haut, justement, de leur échelle de valeur.

Mené par le Canada, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Russie et l'Australie, ce groupe fuit les contraintes et les obligations. S'il reconnaît maintenant l'existence des changements climatiques, il se méfie des solutions proposées par les scientifiques, qu'il juge bien mignonnes mais complètement déconnectées de la réalité économique.

Leur objectif: s'en tenir à un petit coup de pouce au marché afin que les réductions d'émissions se fassent d'elles-mêmes. Jadis opposé à un traité international qui fixe des cibles uniformes pour tous les pays, ce groupe tente aujourd'hui de le modifier de l'intérieur.

Entendons-nous, les apôtres économiques sont prêts à agir, comme ils l'affirment, mais à la condition que cela ne touche en rien leur portefeuille.

La conférence de Poznan, au fond, n'aura été qu'un round du match qui opposera ces deux groupes pendant les 12 mois qui nous séparent de la prochaine rencontre, à Copenhague, en décembre prochain.

Lequel des deux groupes réussira à faire tomber l'autre? Celui qui, fort probablement, réussira à attirer les États-Unis dans son camp.

Car pour l'heure, personne ne sait vraiment à quelle enseigne logera la future administration américaine. D'aucuns louent la volonté de Barack Obama. Mais la cible qu'il a mise de l'avant pendant la campagne électorale, soit de ramener en 2020 les gaz à effet de serre du pays à ce qu'ils étaient en 1990, a beau être à des années-lumière de celle de George Bush, elle fait davantage preuve de pragmatisme économique que d'une quelconque sensibilité scientifique.