On le savait. Le gouvernement Harper avait multiplié les messages pour prévenir que son énoncé économique et financier ne proposerait pas de grandes mesures pour stimuler notre économie, malmenée par la crise mondiale. Mais on reste quand même pantois quand on le voit, noir sur blanc, dans le document déposé hier par le ministre des Finances, Jim Flaherty.

Publié le 28 nov. 2008
Alain Dubuc, collaboration spéciale
Alain Dubuc, collaboration spéciale LA PRESSE

Le Canada se retrouve ainsi à être le seul pays industrialisé majeur qui a choisi de ne rien faire. De deux choses l'une : ou bien le gouvernement Harper, visionnaire, est le seul à avoir le pas, ce qui lui permettra, comme le souhaite le ministre, de rester «un modèle à suivre pour le reste du monde en cette période d'incertitude» ; ou bien le Canada est dirigé par le gouvernement le plus inapte et le plus inepte du monde industrialisé. La réserve journalistique m'interdit de préciser de quel côté je penche.

Aux États-Unis, en plus des colossales mesures de sauvetage financier, l'équipe de Barack Obama prévoit injecter 700 milliards pour relancer l'économie. Le Japon y a consacré 275 milliards. La Grande-Bretagne, 30 milliards, l'Allemagne, 88 milliards, la France, 75 milliards. Le FMI recommande un effort de stimulation qui équivaut à 2% du PIB, ce qui donnerait 25 milliards au Canada. Et combien de dollars prévoit le gouvernement Harper? Zéro!

Cette absence de plan de relance est incompréhensible et inacceptable. Mais ça n'arrête pas là. Non seulement le gouvernement Harper ne stimule pas l'économie, il risque de la ralentir encore plus. L'élément central de l'énoncé est un vaste plan d'austérité qui permettrait de réduire les dépenses de 15 milliards en cinq ans. C'est la pire chose à faire en période de ralentissement.

Au lieu de faire preuve de leadership en période difficile, au lieu de s'élever au-dessus de la mêlée et de proposer une vision, le gouvernement Harper semble vouloir profiter de la crise économique pour faire passer son agenda, la réduction de l'État, l'interdiction du droit de grève pour les fonctionnaires, ou pour se lancer dans des manoeuvres partisanes franchement vulgaires, comme l'abolition des subventions aux partis politiques.

Il est vrai que le Canada est beaucoup moins touché que d'autres pays par la crise mondiale. Les organismes canadiens de prévision économique s'attendent, dans l'ensemble, à ce que la croissance de l'économie canadienne soit négative au dernier trimestre de cette année, c'est-à-dire maintenant, et au premier trimestre de l'an prochain. Un recul relativement modeste et bref, assorti d'une hausse du chômage modérée. Cela permet au ministre Flaherty de parler de récession technique sans jouer sur les mots.

Il n'y a aucune mesure entre les États-Unis, qui ont perdu 1,2 million d'emplois depuis le début de l'année, et le Canada, qui en a créé 200 000. On doit également tenir compte du fait que les mesures les plus spectaculaires prises dans les autres pays visaient à sauver des institutions financières en faillite, un problème que le Canada ne connaît pas.

Mais les besoins sont bien là, au Canada, même s'ils ne sont pas de même ampleur. Il y a des emplois à protéger, des faillites à éviter, des secteurs vulnérables à protéger, des gens à aider, que ce soient des retraités ou des travailleurs sans emploi. Et si le Canada est en meilleure posture que d'autres, des mesures de stimulation lui permettraient justement de moins souffrir de la crise et d'en sortir plus rapidement. La santé de l'économie et la sécurité des Canadiens sont certainement plus prioritaires que le maintien de l'équilibre budgétaire.

Bien sûr, on peut toujours espérer que les mesures tant attendues se retrouvent dans le budget, probablement en février. Mais pourquoi attendre ? Si ses prévisions sont justes, le gouvernement Harper arrivera bien tard, parce que la reprise s'amorcera au second trimestre de 2009.

À cela s'ajoute un autre élément, tout à fait majeur. L'indice de confiance des consommateurs du Conference Board est tombé aux mêmes bas niveaux qu'à l'aube des récessions de 1981 et 1990. La confiance joue un rôle-clé en période de crise, parce que l'inquiétude, en paralysant les entreprises, en amenant les consommateurs à une prudence excessive, aggrave le ralentissement.

Les mesures de relance ont pour but de stimuler la consommation, mais aussi de lutter contre la morosité et de restaurer la confiance. Mais ça prend de la vision, du leadership, ce qui semble cruellement manquer au gouvernement Harper.