Le chef du Parti québécois, Pauline Marois, a osé. Elle a osé briser le tabou, rompre la loi du silence et admettre publiquement qu'il serait possible qu'un gouvernement dirigé par elle enregistre un déficit.

Mis à jour le 12 nov. 2008
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

«Il n'y aura pas de déficit sous un gouvernement Marois, a-t-elle déclaré hier. Il pourrait y avoir, à cause d'une mauvaise conjoncture économique, oui, un déficit temporaire. Si je vous disais le contraire, je vous mentirais.»

Il est évident que la chef péquiste va se faire taper sur les doigts. Mais elle a bien fait, tant au plan politique qu'au plan économique. D'abord, ça fait du bien qu'une politicienne dise les choses comme elles sont. Nous vivons une période d'incertitude, on ne sait pas ce qui va arriver et personne ne peut garantir qu'il pourra éviter un déficit. Par ailleurs, au plan économique, un déficit peut être un outil de relance parfaitement légitime. Même le gouvernement très conservateur de Stephen Harper n'exclut plus cette possibilité.

Mais si Mme Marois a fait progresser la classe politique sur le chemin de la franchise, elle ne l'a pas fait avec la plus grande transparence. Elle réussit, dans un même paragraphe, à dire une chose et son contraire: il n'y aura pas de déficit, mais il peut y avoir un déficit temporaire! À notre connaissance, un déficit temporaire est un déficit.

Si on décode bien ses propos sibyllins, elle semble dire que si un gouvernement Marois enregistre un ou des déficits annuels, il les résorbera au cours de son mandat. Pourquoi ne pas alors le dire clairement?

Ces nuances étant faites, l'idée de créer un déficit dans une situation de récession peut parfaitement se défendre. C'est une façon d'injecter des fonds pour stimuler l'économie, ou d'éviter des compressions qui auraient un impact économique négatif, qui peut donner de bons résultats. Cette politique conjoncturelle est cautionnée par la science économique, à condition que ces déficits soient temporaires. La loi québécoise sur le déficit zéro permet d'ailleurs des déficits conjoncturels à condition qu'ils soient résorbés par la suite.

Le problème n'est pas économique. Il est politique. Il est humain. Une fois qu'on s'engage sur la voie des déficits, on met le doigt dans un engrenage qui peut vous emporter le bras. C'est ce qui est arrivé au Canada et au Québec. On commence avec un déficit timide, on trouve ensuite toujours des raisons pour le maintenir ou l'augmenter, et quand on veut faire marche arrière, il est trop tard. C'est ce qui explique le tabou.

Ce qui m'amène à nuancer ma proposition. Un déficit n'est acceptable que si on a une absolue confiance dans la capacité de ceux qui nous gouvernent de le ramener à zéro.

Pauline Marois n'inspire pas cette confiance. Et c'est ce qui rend son initiative risquée. Il est vrai qu'elle dirige le parti politique qui a ramené le déficit à zéro. Mais c'est moins l'oeuvre du gouvernement péquiste que celle de Lucien Bouchard. On ne sait pas à quel point le PQ resterait attaché à cet héritage. Plusieurs de ses alliés n'ont jamais accepté ce concept, notamment le monde syndical, tout comme des personnalités influentes du parti, comme Jacques Parizeau.

Par ailleurs, Mme Marois, quand elle a été ministre des Finances, dans le budget qu'elle avait déposé il y a cinq ans, juste avant les élections, a sacrifié la rigueur budgétaire à des impératifs politiques. Le premier ministre Charest parle encore du trou de 4,3 milliards qu'elle aurait laissé. Ce chiffre, provenant d'une étude partisane, était très gonflé. Mais le budget de Mme Marois comportait d'importantes zones grises - prévisions économiques trop optimistes, compressions non précisées, transferts fédéraux surévalués. Elle ne donnait pas l'heure juste, et elle a laissé un trou.

On est pas mal plus près de l'heure juste avec la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, comme le montre le rapport du vérificateur général, enfin rendu public, qui ne permet pas de crier au scandale comme le faisaient les partis de l'opposition. La ministre des Finances, rappelons-le, ne veut pas entendre parler de déficit.

Rappelons enfin que le Québec n'est pas menacé par un déficit cette année. Et ne le sera pas l'an prochain si les prévisions économiques sont justes - ralentissement sévère ou, au pire, légère récession, et reprise d'ici la fin de 2009. Pour l'instant, cette discussion est théorique. Et si on en parle, c'est que la question pourra se poser si les choses tournent mal.