La règle la plus élémentaire en campagne électorale se résume ainsi : identifier le message et s'y tenir avec force pour qu'il passe.

Publié le 7 nov. 2008
Vincent Marissal LA PRESSE

Par conséquent, il faut éviter que des éléments extérieurs viennent faire dévier ce message.

Pour Jean Charest, déclencher des élections controversées sur fond de besoin de stabilité économique tout en se lançant dans une guerre de chiffres et de mots avec le vérificateur général sur l'état réel des finances publiques du Québec, c'était, justement, s'assurer de faire dévier son message.

Sans surprise, Mario Dumont et Pauline Marois ont sauté sur l'occasion, accusant les libéraux de vouloir cacher des choses aux Québécois en refusant de dévoiler les états financiers du gouvernement du Québec.

Résultat, pour faire une histoire courte : les propos du vérificateur général, Renaud Lachance, qui reproche au gouvernement Charest de violer la loi sur l'équilibre budgétaire, et les accusations des partis de l'opposition contre le manque de transparence des libéraux ont occulté en partie leurs annonces économiques d'hier.

Les détails de cette affaire, hautement techniques, n'intéressent que les initiés, mais question perception, le gouvernement a l'air cachottier.

M. Charest aurait intérêt à déposer les états financiers très rapidement et à passer à autre chose avec une grosse annonce. D'autant que les explications données hier en privé par des membres de l'équipe économique du gouvernement tenaient parfaitement la route. Tant que ce document ne sera pas rendu public, Jean Charest traînera ce caillou dans son soulier.

Le problème, c'est que cette histoire vire aussi à l'affrontement entre les libéraux et le vérificateur général, une situation inusitée et explosive, qui ne peut que nuire à Jean Charest s'il continue dans cette voie.

« C'est la deuxième campagne de suite que le vérificateur fait des déclarations publiques, on commence à se poser des questions, disait hier un libéral très proche du dossier. Le vérificateur général n'est pas en campagne, il n'est pas obligé de s'épancher devant les médias au déclenchement d'une campagne. »

Même si l'annonce du plan économique de Jean Charest était bien ficelée, hier, et qu'il a prononcé un bon discours devant la chambre de commerce de Montréal, ce sont Mario Dumont et Pauline Marois qui ont gagné la première journée avec cette histoire d'états financiers.

Question de mieux river le clou de l'économie au cours des deux prochaines semaines, les libéraux feront campagne avec le tandem Jean Charest-Monique Jérôme-Forget, le premier pour le message général, la seconde pour les chiffres et la réplique à l'opposition.

Les libéraux ont « testé » le nom de Monique Jérôme-Forget dans des focus groups, qui ont confirmé la très grande cote de crédibilité de la ministre des Finances.

C'était donc la journée de l'économie, hier, au sein des trois grands partis. Dites donc, s'il y a crise économique à l'horizon, ça ne paraît pas trop. La valse des milliards a repris de plus belle, comme dans les bonnes vieilles campagnes électorales.

Jean Charest, notamment, promet des milliards d'investissement en infrastructures, en formation de la main-d'oeuvre et pour les PME, tout ça en prévoyant une « tempête économique » et un fort ralentissement de la croissance.

Malgré tout, le chef libéral s'est engagé hier à ne pas comprimer les dépenses publiques - au contraire, dit-il, ce n'est pas le temps de couper les services - et au gel des tarifs dans les CPE.

Par ailleurs, M. Charest a eu bien du mal en point de presse à expliquer quelles parties de son pan économique dévoilé hier n'aurait pas pu être adopté par son gouvernement minoritaire.

D'autant que tout le monde sait que Mario Dumont ne voulait vraiment pas d'élections et qu'il aurait accepté n'importe quelles mesures d'urgence avancées par le gouvernement. Nul besoin de nouvelles élections, un budget aurait très bien fait l'affaire.

Voilà bien le problème de cette campagne : il faut jouer le jeu, faire semblant qu'elle était nécessaire et faire abstraction des nombreuses contradictions des libéraux.

Il y a un autre problème avec cette campagne : il est pour le moins inusité d'entendre le premier ministre répéter dans tous ses discours que « la tempête s'en vient » et que nous serons frappés. Voilà le genre de commentaires, venant d'un chef de gouvernement, qui sème l'inquiétude et qui nuit au climat d'investissement.

Vrai, l'économie mondiale montre des signes inquiétants, mais est-ce bien le rôle du premier ministre que d'ajouter au climat de psychose. Stephen Harper, au moins, insistait dans ses discours de campagne sur la solidité de la base économique du Canada et sur la force de notre système bancaire.

À force d'annoncer des mauvaises nouvelles, on dirait que Jean Charest les souhaite.

De toute façon, que peuvent vraiment faire les gouvernements devant cette crise financière mondiale ?

Prenez, par exemple, deux des principales menaces à l'économie québécoise : le prix de l'essence et un dollar canadien trop fort par rapport à la devise américaine.

Surprise, surprise : le litre d'essence est descendu sous les 90 cents ces derniers jours et le dollar est tombé autour de 0,85 $US.

Qu'a donc fait le gouvernement Charest pour que cela se produise ?

Rien du tout. Au même titre qu'il ne peut absolument rien faire pour influencer les taux d'intérêt aux États-Unis, épicentre de cette crise.

Faire une « campagne sur l'économie », comme le répète Jean Charest depuis des jours, ce n'est qu'une vue de l'esprit.

Dans les faits, cette campagne est comme les autres et l'aspect économique de tous les partis se limite, encore une fois, à un catalogue de promesses électorales.