Il faut ramener les déclarations du président français Nicolas Sarkozy sur le Canada et le Québec à leur juste proportion. Ce n'est pas une grande affaire d'État et la Terre n'arrêtera pas de tourner. Leur portée est limitée et leur impact le sera aussi.

Mis à jour le 22 oct. 2008
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Les propos de M. Sarkozy, qui veut concilier les rapports fraternels entre la France et le Québec et les rapports d'une amitié à renforcer avec le Canada, ont été accueillis en France dans la plus grande indifférence. Au Québec, elles intéresseront surtout les junkies de la politique et les francophiles les plus exaltés.

 

Il ne semble pas non plus que cette nouvelle doctrine modifie les rapports triangulaires ou qu'elle compromette les efforts du Québec pour assurer sa présence internationale. Les déclarations du président n'auront en outre qu'une influence très modeste sur ceux qui décideront, les Québécois eux-mêmes.

Même si le sens qu'il faut donner à cette intervention est limité, il n'est cependant pas dénué d'intérêt. Il nous indique comment le président d'un pays étranger, mais proche, tout comme son gouvernement, analysent la situation politique québécoise. M. Sarkozy, et bien d'autres dans son pays, ne croient plus qu'une victoire souverainiste soit possible. Ils ont fait une croix là-dessus.

On peut bien sûr se demander si cette analyse est juste, et si ce point de vue d'outre-Atlantique reflète bien la réalité. Mais ce constat, celui de l'impasse dans laquelle se trouve le mouvement souverainiste, est celui que suggèrent les sondages: l'appui à l'option est à son plus bas, et le Parti québécois, à 31%, n'est absolument pas dans une position de faire accéder le Québec à la souveraineté. Et c'est ce que confirment, dans l'action, les leaders souverainistes; Pauline Marois en repoussant les référendums à on ne sait quand et Gilles Duceppe en évacuant pratiquement la souveraineté de sa campagne électorale.

En fait, ce à quoi on assiste, c'est à l'implosion du projet souverainiste. Du moins, c'est ma thèse depuis longtemps. Et je constate que c'est la conclusion à laquelle en sont arrivés bien des gens, y compris des Québécois qui ont cru à la souveraineté.

M. Sarkozy a lancé, en conférence de presse, que le monde n'avait pas besoin d'une division supplémentaire. Dans une réponse écrite à des questions de La Presse, il dit que le «contexte a changé» et parle au passé de «la période des référendums».

Ces propos de M. Sarkozy interpellent donc en tout premier lieu les leaders du mouvement souverainiste. Et c'est là l'autre élément intéressant de ce débat. Comment ceux-ci ont-ils réagi? Mal. Avec émoi, avec colère, et surtout, et surtout, avec du déni.

La réaction la plus retenue a été celle de la chef du Parti québécois, Mme Marois. Elle a choisi d'interpréter la référence à une division supplémentaire, comme une allusion à la crise internationale, et non pas à la souveraineté. Une interprétation que les porte-parole français s'étaient empressés de proposer pour atténuer l'impact de cette remarque non scriptée.

D'autres ont eu moins de retenue. Jean-François Lisée, qui se présente comme le directeur d'un centre de recherche, le CERIUM, mais qui, en tant que proche de Mme Marois, est un «spin doctor» qui n'ose pas dire son nom, y a vu «un faux pas diplomatique important. La question n'est pas à l'ordre du jour, il n'avait tout simplement pas à se prononcer là-dessus».

On notera au passage que cette analyse repose sur la thèse voulant qu'il y ait deux formes d'ingérence, comme pour le cholestérol. La mauvaise, comme celle de M. Sarkozy, et la bonne, soit les appuis à la souveraineté par des politiciens français qui ont répondu positivement aux efforts de déduction et aux appels insistants des souverainistes au pouvoir.

Des péquistes plus âgés, plus francophiles et plus aigris, ont réagi avec encore plus d'agressivité. L'inénarrable Yves Michaud y a vu l'influence maléfique de Power Corporation sur un président de la République française sans défense. Et Jacques Parizeau, qui vieillit très mal, après avoir qualifié les propos de M. Sarkozy d'«énormités» y est allé d'une explication franchement pathétique: le président français flatterait le Canada pour décrocher des contrats nucléaires. Encore l'argent!

Ces réactions courroucées illustrent surtout le fait que le mouvement souverainiste pour qui, officiellement, le «projet de pays « va toujours de l'avant, comme si de rien n'était, n'est pas encore sorti de sa phase de déni et de refus du réel.