L'honneur est sauf: Véronique Cloutier et Louis Morissette ont offert au public un excellent Bye Bye vendredi soir, à Radio-Canada. Il le fallait, après le désolant Bye Bye 2008. Le couple a su prendre sa revanche de façon corrosive et réussie, et peut maintenant entreprendre la nouvelle année la tête haute, sans controverse.

Richard Therrien LE SOLEIL

Particulièrement sévère à l'égard de la classe politique, cette revue de l'année n'avait rien de bâclé: des gags drôles qui vont rester dans les mémoires, des clins d'oeil judicieux et intelligents, et une autodérision très payante.

Les trois acolytes des deux vedettes, Joël Legendre, Hélène Bourgeois Leclerc et Michel Courtemanche, ont su montrer qu'ils avaient leur place dans ce Bye Bye. Legendre était hilarant et d'une justesse incroyable en Céline Dion sur le point d'accoucher. Pastiché par Louis Morissette, René Angélil allait annoncer que l'accouchement serait mis en scène par Franco Dragone. Le placenta, lui, sera reçu en entrevue chez Denis Lévesque!

«J'ai assez hâte que PKP la mette en lock-out!» a lancé une Céline désespérée à René, à propos de «son amie» Julie Snyder, imitation que maîtrise de mieux en mieux Véronique Cloutier. En arrière-plan, René-Charles s'amusait avec sa glissade d'eau. Julie aura beau se lancer du haut de l'édifice, elle rebondira dans la chambre, échevelée et survoltée.

Bon départ avec les Rencontres paranormales de Chantal Lacroix et ses tables qui bougent, y compris la table d'opération d'un patient littéralement projeté sur le mur. Hélène Bourgeois Leclerc a offert sa meilleure prestation en Anne-Marie Losique, «la seule femme au Québec qui porte du 38D de babine», invitée chez Josélito à On prend toujours un arrière-train. «Chu très intelligente vous savez, j'suis une femme d'affaires!» répétait-elle inlassablement, entre deux rires niais.

Une autre qui est passée pour une cloche: Crystal, femme de Claude Dubois, même pas capable de faire cuire des croissants Pillsbury. Bon clin d'oeil que ces reprises des tounes de Dubois par des écureuils, des chiens et même des vieux qui pètent. Personne n'imite mieux Dubois que Louis Morissette.

Les auteurs ont planté Stephen Harper en plein Dîner de cons au G8. Ridiculisé par Nicolas Sarkozy, le premier ministre du Canada est arrivé en tenue Tim Morrons, devant une audience hilare. «Ce con pisse durant la photo!» s'est exclamé Sarkozy, habilement repris par Michel Courtemanche.

Gaga d'anthologie

En général, les parodies de chansons étaient impressionnantes. Pièce d'anthologie que le numéro de Véronique Cloutier en Lady Gaga rebaptisée Lady Fava, charge en règle contre le grand argentier du Parti libéral du Québec sur l'air de Bad Romance. «Tu veux être juge depuis déjà un moment, mets-toi chummy avec quelqu'un d'influent, va voir Fava, graisse, graisse, graisse Franco Fava!»

La ville de Québec aura occupé une place de choix dans ce Bye Bye. À commencer par cette savoureuse imitation du maire Régis Labeaume par Michel Courtemanche, terminant chacune de ses phrases par un «câlique» bien senti. Il fallait voir les nombreux miroirs dans le bureau du maire, appelés «ses conseillers» par Labeaume. «Trouvez-moi du Red Bull, câlique!»

Charge en règle aussi contre le financement public du nouvel amphithéâtre par une Marie-Mai chantant: «On se fout de la santé, c'qui compte c'est l'but d'Alain Côté!» L'équipe a soigné la qualité des images et du montage, offrant l'un des Bye Bye les plus achevés visuellement.

Charest pris pour cible

Plus que les autres, Jean Charest aura beaucoup inspiré les auteurs. «Une commission d'enquête par jour distrait les gens pendant qu'on les fourre!» a lancé un Charest blagueur à son partenaire de poker, Maître Bastarache, et flanqué de son nouveau chef de cabinet, Messmer. Les parodies de pub étaient pour la plupart des flashs géniaux, particulièrement «Déménage don' d'la capitale!», avec Jean Charest comme seul meuble à transporter.

Bon clin d'oeil d'envoyer André Caillé creuser pour trouver du gaz de schiste sur le terrain de Jean-François Mercier, littéralement enragé. «Depuis que t'es sur mon terrain, moi aussi, j'en ai des gaz!» Très drôle aussi ce Lance et crampe: l'acharnement avec Suzie Lambert «qui crie pour rien», et Les rescapés devenant Les arriérés avec Monseigneur Ouellet qui s'amuse à percer les condoms dans une pharmacie. Enfin, belle idée de conclure l'année sur les bons souhaits de Joannie Rochette dans le taxi de Rogatien, que maîtrise à merveille Véro.

Au chapitre des déceptions, la portion devant public manquait d'intérêt. Trop de rires et d'applaudissements inutiles. Et que faisaient tous ces gens qui s'agitaient derrière? La troisième demi-heure, après minuit, était aussi beaucoup plus faible.

Mais dans l'ensemble, le duo Cloutier-Morissette a réussi son pari, celui de faire oublier son Bye Bye d'il y a deux ans et d'offrir une revue de l'année de qualité au public. Chapeau!