L'année qui s'achève aura été catastrophique. Bien malgré nous, les événements survenus dans le monde nous ont donné l'occasion de vivre de véritables téléréalités desquelles les programmations des différentes stations de télévision parvenaient tout juste à nous distraire.

Danièle L. Gauthier LA PRESSE CANADIENNE

Après le décès de la chanteuse Lhasa de Sela, emportée par un cancer, au premier jour de janvier suivi de l'incendie qui a détruit la maison du comédien Luc Picard, dans le Vieux-Longueuil, toutes les télévisions se tournent vers Haïti, ravagé par un important séisme.

Les images sont insupportables, tout est détruit ou lourdement endommagé, plusieurs individus sont coincés sous les décombres, des corps gisent un peu partout, les gens sont en état de choc, le chaos est total. Rapidement, les secours internationaux s'organisent et nous aurons, pendant des semaines, ces images d'une misère quasi-irréelles sur nos écrans. Plusieurs spectacles-bénéfices s'improvisent et les sommes d'argent s'accumulent au profit des Haïtiens.

De Trauma au Bye Bye

Retour dans notre réalité: c'est aussi en janvier que débutait à Radio-Canada, Trauma de Fabienne Larouche, inspirée de la série américaine Grey's Anatomy. L'intérêt des cas traités et l'environnement aseptisé, ultra moderne, plaisent au public. Le bémol se situe au niveau de l'attitude et des propos du personnel soignant qu'on qualifie de philosophie de corridors.

ARTV s'est offert un Opéra Académie rebaptisé Apéro à l'opéra, en invitant six aspirants candidats à un stage de formation intensif. La gagnante, Annie Sanschagrin, une mère de cinq enfants, a remporté le prix: un rôle dans La Tosca, par l'Opéra de Montréal, à la Place des arts.

À TVA, désireux de combler un souhait assez généralisé, on inaugure la Série Montréal-Québec, histoire de recréer les tumultueuses soirées de hockey. Les attentes sont grandes quant aux émotions qu'on espère vivre et dans cette optique, on proposera quelques resserrements au concept. À l'heure où plane l'ombre d'un déficit persistant sur les télévisions généralistes, Musée Eden, série à caractère historique écrite par Gilles Desjardins, avec Mariloup Wolfe et Laurence Leboeuf, remporte la faveur du public avec six statuettes lors de la 25e édition du Gala Gémeaux.

Au Gala Artis, Véronique Cloutier et Patrick Huard décrochent le titre de «Personnalités de l'année». Puis en juin, contre toute attente, Véro et son conjoint, Louis Morissette, débordants d'audace, se donnent une autre chance de démontrer de quoi ils sont capables et annoncent qu'ils feront le Bye Bye 2010.

Claire Lamarche revient à ses premières amours, à Télé-Québec, pour animer Huis clos réunissant sept personnes choisies au hasard pour discuter d'un sujet d'actualité qui préoccupe le commun des mortels et sur lequel elles devront évaluer leur position avant et après la discussion. V se refait une vie avec une programmation qui table sur le contenu québécois. Si l'expérience «téléréelle» signée avec Claude Dubois en réalité a connu quelques soubresauts avant de s'éteindre pour cause de naissance précipitée, on peut dire que Jean-François Mercier, Un gars le soir, a su mettre de la broue dans le toupet de la station. Il sera là en 2011.

Autre période noire

Puis survint l'explosion, dans le Golfe du Mexique, qui a provoqué le déversement de centaines de millions de litres de pétrole dans l'océan, une marée noire que nos écrans haute définition diffusaient dans toute sa noirceur. Cette catastrophe a bouleversé la vie de centaines d'individus et causé des dommages écologiques incommensurables. Il aura fallu plusieurs semaines pour venir à bout de colmater la fuite.

Puis la télévision s'est transportée à plus de 700 mètres dans le sous-sol chilien où on a tenté de ramener sur terre, 33 mineurs coincés depuis 69 jours après un éboulement. Bien qu'improbable et hyper problématique, leur «miraculeux» sauvetage, réussi et salué sur tous les continents, s'est déroulé en direct.

Mais la fierté éprouvée est rapidement réduite à néant lorsque défilent dans le quotidien des téléjournaux les trop nombreux ecclésiastiques pédophiles. Et que dire de la commission Bastarache, chargée de faire la lumière sur l'étanchéité du processus de nomination des juges, mise en doute par l'ex-ministre Marc Bellemare? Durant six semaines, la société québécoise a pu suivre les séances quasi quotidiennes à la télévision.

Encore sous le choc du tremblement de terre, l'horreur atteint des sommets tristement vertigineux lorsqu'une épidémie de choléra souffle sur Haïti, encore Haïti, et que la violence surgit suite à une élection présidentielle contestée.

De Dodo à Virginie

En juin, on apprenait que Dominique Michel, la doyenne des humoristes, combattait un cancer du côlon. En bon petit soldat, Dodo se soumet aux traitements de chimiothérapie et compte tenir une conférence de presse, fin janvier, pour reprendre contact avec ses admirateurs qui l'ont soutenue durant cette épreuve.

Lors de la grande mobilisation de La Marche bleue, les Québécois, sur l'invitation du maire Labeaume, ont démontré à quel point ils sont solidaires quant au projet de construction d'un amphithéâtre à Québec qui pourrait accueillir tous les événements d'envergure ainsi que les équipes de hockey professionnelles. À Montréal, la population se mobilise à son tour au Stade olympique, pour la sanctification du frère André. Monseigneur Jean-Claude Turcotte et de nombreux concélébrants ont célébré une messe d'Action de grâces pour l'occasion en présence de plus de 50 000 personnes.

Si certaines séries ont provoqué l'étonnement et peut-être même le malaise comme Les Rescapés à Radio-Canada et Rencontres paranormales à TVA, par leur contenu à forte dose ésotérique, d'autres nous recadrent allègrement dans nos paramètres très humains comme Tranches de vie à TVA et Un train pour la vie à Radio-Canada où Pierre Légaré, Martin Lajeunesse, la ministre Michelle Courchesne ont livré de touchants témoignages. D'ailleurs, Josélito repart à bord d'un Train pour Noël en compagnie d'artistes qui partageront cette fois, leurs plus beaux souvenirs.

10, 9, 8, 7... on s'apprête à tirer le rideau sur 2010 qui, du coup, ferme aussi et définitivement les portes de l'école Sainte-Jeanne-d'Arc où ont évolué plus de 175 comédiens dont trois ont porté le prénom de Virginie, imaginée par Fabienne Larouche, totalisant presque 15 ans de présence quotidienne, une première pour la télévision francophone.

En 2010, TVA fêtait ses 50 ans qui auront réuni quelques-uns de ceux qui en ont fait le succès lors d'une édition spéciale du Banquier.