Parmi les webséries les plus connues et les plus citées en ce moment (Chez Jules, Mère indigne, Comment survivre aux week-ends, Moments de maman, etc.), on ne peut s'empêcher de remarquer un fort contingent de femmes, autant scénaristes que réalisatrices, productrices et comédiennes. La webtélé serait-elle le lieu où elles peuvent s'exprimer en toute liberté et égalité?

Chantal Guy LA PRESSE

Quand on lui fait remarquer que les femmes semblent envahir le web par leurs créations, Geneviève Lefebvre, la blogueuse des Chroniques blondes qui a entièrement conçu et financé sa websérie Chez Jules, éclate de rire. «C'est une vengeance!»

 

Est-ce que cela a à voir avec le fait que peu de réalisatrices réussissent à être subventionnées? «Clairement, croit la comédienne Jessica Barker. Elles sont tannées de se battre, elle ont envie de créer, pas de discuter.»

«Pour moi, ç'a été un facteur, explique Geneviève Lefebvre, qui gagne sa vie comme scénariste professionnelle depuis 25 ans. J'ai fait partie, le temps d'une réunion, des Réalisatrices équitables. Les filles ne tournent pas. Très peu en long métrage, encore moins à la télé et pratiquement pas dans la pub. Je me souviens aussi d'une étude de l'UDA qui confirmait que les comédiennes avaient moins que les hommes, et pour un salaire moindre.»

Un terrain de jeu valorisant

La websérie n'est pour l'instant ni le paradis ni l'enfer, pas même le purgatoire pour les comédiens et comédiennes. Peu payante, elle n'en demeure pas moins un terrain de jeu valorisant. Car, après tout, jouer, c'est jouer.

Jessica Barker fait partie de la première cohorte de comédiennes à avoir dit «oui» à la websérie. D'abord dans Le cas Roberge de Benoît Roberge, qui a mené à un film, et ensuite dans Chez Jules. Quant à Marie-Hélène Thibault, elle est peut-être l'une des premières comédiennes à bénéficier de la websérie produite par un diffuseur généraliste, Radio-Canada, puisqu'elle incarne Mère indigne, d'après les chroniques, issues d'un blogue elles aussi, de Caroline Allard, qui en a fait deux livres.

Elles ont dit oui comme toute comédienne qui accepte, par exemple, un rôle dans un court métrage. Parce que c'est intéressant, parce qu'elles en ont envie. Et parce que dans ces cas particuliers, elles sont désirées, sans passer par le processus d'auditions parfois humiliantes. «C'est une simplicité libératrice, confirme Geneviève Lefebvre, qui échappe à une hiérarchie artificiellement gonflée. Passer en audition 150 actrices pour un second rôle, ce n'est pas nécessaire, c'est exagéré.»

Et aussi, parce que ça se fait ici et maintenant, et en très peu de temps. «Ce qui est le fun avec la websérie, c'est la spontanéité, explique Jessica Barker. À la télé traditionnelle, quand une émission est en ondes, ça fait cinq ans qu'elle est écrite et même l'auteur n'est plus capable de lire ses textes. Tandis que l'idée de la webtélé c'est: go! Sinon, ça va tuer l'initiative dans l'oeuf. Et dans cinq ans, le web va déjà être rendu ailleurs. On est déjà à des kilomètres de l'époque du Cas Roberge

Marie-Hélène Thibault a tourné les huit capsules de sa websérie en moins d'une semaine. «Le salaire n'est pas aussi élevé qu'à la télé, mais le projet est le fun. Et on n'a pas à attendre après les instances, c'est extraordinaire. De plus, l'identification à mon personnage est quand même grande, avec tout le battage publicitaire de Radio-Canada. On pense même à une deuxième saison.»

Briser un moule

Pour Jessica Barker, qui explique avec franchise gagner surtout sa vie comme chroniqueuse, c'est aussi l'occasion de briser un moule. Dans Chez Jules, une websérie féminine plutôt mordante, elle incarne une sommelière lesbienne sans cesse à l'affût de conquêtes et de bon vin. «Je suis prise avec une image d'enfant et j'ai l'impression que les producteurs et les réalisateurs «du milieu» sont incapables de décrocher de ça, contrairement à ceux du web. Peut-être parce qu'ils me côtoient et qu'ils comprennent que je suis une femme de 31 ans. Ça me fait tellement plaisir justement de ne pas jouer une adolescente. Le processus d'audition à la télé traditionnelle est très lourd, ce sont souvent les diffuseurs et les producteurs qui choisissent les acteurs, plutôt que les réalisateurs, il y a, disons, beaucoup d'intervenants. Se faire offrir un rôle comme ça, c'est tellement le fun, ça donne une énergie, une confiance.»

Quant à l'impact auprès du public, il est étonnant. «Je pensais faire Mère indigne pour deux ou trois personne, avoue Marie-Hélène Thibault, qui se dit peu branchée sur le web. Mais au lancement, il y avait une centaine de mères blogueuses qui avaient suivi le blogue de Caroline Allard. Il y a ce phénomène-là aussi de communauté; je pense que le web leur permettait, comme mères, de sortir de leur isolement.»

L'UDA, disent-elles, est en train de se pencher sur le cachet des acteurs de la webtélé. Jessica Barker est payée pour jouer dans Chez Jules, mais de la poche même de Geneviève Lefebvre. «J'ai beaucoup d'admiration pour elle, car c'est un acte de foi. Pour l'instant, personne ne fait vraiment d'argent avec la webtélé.»

En effet, Geneviève Lefebvre a utilisé ses REER pour financer sa websérie. «Il y en a qui se paient un chalet, moi, c'était ça. Je n'ai pas envie de faire carrière comme chialeuse professionnelle et utiliser mon énergie à dire que c'est donc difficile de faire sa place. Moi, je veux créer. Je n'ai pas pensé en terme de carrière, mais de liberté.»

 

Découvrez votre webtélé

LES FICTIONS

COMMENT SURVIVRE AUX WEEK-ENDS

Sur le site du magazine Clin d'oeil, la vie amoureuse de trois jeunes filles, Anaïs (Catherine Yale), Marie (Amélie B. Simard) et Sofie (Élizabeth Duperré). Et de superbes virées shopping. Réalisé par Olivier Aghaby. blog.canoe.ca/cswe

LES CHRONIQUES D'UNE MÈRE INDIGNE

D'après les célèbres chroniques de Caroline Allard, réalisé par Miryam Bouchard. Avec Marie-Hélène Thibault dans le rôle principal, loin d'être ingrat bien qu'indigne... www.radio-canada.ca/emissions/mere_indigne/serie1/

MOMENTS DE MAMAN

Avant Mère indigne, il y a eu les «moments de maman» de l'humoriste et comédienne Anne-Marie Dupras. On aime son journal télévisé qui nous informe beaucoup sur l'actualité de maman...

momentsdemaman.com/

CHEZ JULES

Ça jase cru dans les toilettes du resto Chez Jules, où se retrouvent des femmes de tous les âges. Entièrement conçu et réalisé par Geneviève Lefebvre, avec Anne Dorval, Janine Sutto, Maude Guérin, Jessica Barker et Catherine de Léan. www.chezjules.tv/

TOM ET SES CHUMS: LE BLOGUE OFFICIEL

On attendait depuis un bout de temps que les épisodes soient réunis sur un site et c'est enfin fait! Ça commence avec un gars qui retrouve ses chums après quelques années, des mordus de jeux de rôle qui n'ont pas encore décroché de leur partie. Et ça se poursuit de façon... impossible à décrire! Entièrement conçu par Eddie69, ancien membre de Phylactère Cola.

tomchums.blogspot.com/

HAS-BINE

«Jadis au sommet, aujourd'hui au fond du baril.». Après avoir connu la gloire dans des émissions jeunesse, les comédiens Antoine Mongrain et Jean-Dominic Leduc sont maintenant dans la dèche et tentent de s'en sortir... de façon pathétique. hasbine.ca/

LES MAGAZINES

BOMBE.TV

Un excellent site conçu par des jeunes et pour des jeunes. Des entrevues, des sketchs et des infos pour l'ado (et l'adulescent, on doit l'avouer). www.bombe.tv/

33MAG

La scène culturelle (et sportive) montréalaise comme vous ne l'avez jamais vue et une foule de canaux web à visiter.

www.33mag.com/fr/webtv

WEBTV HEBDO

Pour découvrir encore plus la webtélé québécoise, ce site conçu par Dominic Arpin et Patrick Dion. C'est LA référence en ce moment. webtvhebdo.com/

D'après les suggestions de Patrick Dion, Jessica Barker, Michel Lessard et Chantal Guy.