De retour à Montréal, lundi, après son franc succès à Paris, la troupe de Belles-Soeurs, théâtre musical mis en scène par René Richard Cyr, avait une bonne nouvelle dans ses bagages: le Théâtre du Rond-Point lui a proposé 30 autres représentations de ce spectacle tiré de la pièce de Michel Tremblay.

Mis à jour le 10 avr. 2012
Éric Clément LA PRESSE

Les critiques avaient généralement été élogieuses, notamment de la part de Pariscope, France 2, La Croix, Télérama, Figaro Magazine, Le Canard enchaîné, Le Nouvel Observateur. Seuls Le Journal du dimanche et Les Échos avaient eu des réserves, Libération et Le Monde n'ayant pas couvert: il y a 500 spectacles par soir à Paris...

«Le bouche à oreille a fait beaucoup de bien, dit Daniel Bélanger, compositeur du spectacle. C'est sûr qu'on aurait pu continuer à jouer la pièce.»

Il n'était toutefois pas possible de donner plus de 24 représentations à Paris. Les comédiennes ont d'autres contrats, et Belles-Soeurs doit partir en tournée cet automne au Québec après avoir repris l'affiche à Montréal du 20 au 29 septembre.

«On a une invitation pour 30 représentations supplémentaires au Rond-Point, a dit René Richard Cyr à La Presse. Le théâtre nous a dit que nos dates seront les leurs. Ce sera donc soit à l'automne 2013, soit début 2014. Le seul problème est que ça prend des commanditaires.»

Loger une troupe de 25 personnes pendant un mois à Paris coûte cher. La production représente des coûts de plus d'un million de dollars.

La présentation du spectacle a été possible grâce au soutien de Loto-Québec, de la Caisse de dépôt et placement du Québec, de CGI, de Power Corporation, d'Air Transat, de Fasken Martineau et de la Française des jeux.

«Il faudra trouver des partenaires, car c'est une chance incroyable, dit René Richard Cyr. Un tel succès, un tel rayonnement, ça ne s'est jamais vu. Les Français ont reconnu notre oeuvre fondatrice du théâtre moderne.»

À l'issue d'une représentation, la grande dame du théâtre français, Ariane Mnouchkine, a félicité la troupe. C'est cette reconnaissance qui fait plaisir au metteur en scène.

«On a toujours peur qu'il y ait encore un petit regard condescendant sur notre langue, dit-il. Il y a eu une reconnaissance, comme quand on reconnaît un vieil ami. Ils entendent "Assisez-vous!" et ils rient. Il y a comme une ouverture d'esprit. Il faut dire que leur société est plus métissée aujourd'hui.»

Le public français a changé

Les comédiennes estiment que le public français a changé. «Ils ont enfin évolué par rapport à l'accent, dit Guylaine Tremblay. On s'est très peu fait parler de ça. Et puis, ce coup d'énergie et de fraîcheur leur a fait du bien.»

La partie n'était pourtant pas gagnée d'avance. Quand l'équipe du Théâtre du Rond-Point est venue voir la pièce à Joliette en 2010, certains n'étaient pas convaincus. « J'avais demandé à un des directeurs s'il avait compris quelque chose et il m'avait répondu « absolument rien! », dit Janine Sutto.



Guylaine Tremblay, qui a déjà joué à Paris, estime que l'ampleur du succès est inattendue. «Jamais je n'aurais cru ça, dit-elle. Le fait qu'on présente le spectacle avec beaucoup de générosité les a touchés. Je pense que le public parisien en a peut-être un peu marre du jeu cérébral et il n'a pas l'habitude de voir une pièce avec 15 actrices si différentes les unes des autres. Des jeunes, des vieilles, des rondes, des maigres, des petites, des grandes. Ça représente la vie.»

Guylaine Tremblay ne sait pas si elle fera partie de la prochaine troupe de Belles-Soeurs en France mais elle aimerait ça. « C'est une belle vie, tu te promènes le jour, tu es entourée de beauté et le soir tu vas jouer avec des gens que tu aimes un show que tu aimes.»



Janine Sutto a adoré son séjour à Paris, où elle avait déjà joué et surtout où elle a déjà vécu. «Je suis retournée voir l'immeuble où je suis née, rue Laugier, et où j'ai vécu mes neuf premières années avant de venir ici», dit Mme Sutto, qui aura 91 ans le 20 avril.

Daniel Bélanger a aussi beaucoup aimé vivre à Paris. Il en a profité pour composer un texte pour sa chanson Rockabilly, qui se retrouvera sur son prochain album. «Quand je marche, ça fait marcher l'intérieur.»