Recruté par une compagnie de théâtre allemande, le metteur en scène Daniel Brière a fait mouche au festival Fringe d'Édimbourg: sa pièce Leo y a remporté vendredi le prix le plus prestigieux et un visa pour New York où elle sera présentée au début de 2012.

Mis à jour le 29 août 2011
Alain de Repentigny LA PRESSE

Au bout du fil, Daniel Brière est euphorique: «Je ne tiens plus en place! Je viens de lire un article sur le site du New York Times: on s'en va à New York!» En plein tournage d'un épisode des Parent dans un aréna, Brière a appris par courriel que la pièce Leo, qu'il a mise en scène pour la compagnie berlinoise Circle of Eleven, avait remporté deux prix au Fringe d'Édimbourg, le plus grand festival multidisciplinaire de la planète.

«Dans le premier courriel, c'était juste écrit we won, mais je ne savais pas ce qu'on avait gagné, raconte Brière. C'était le Fringe First Award (NDLR: pour l'innovation et l'originalité de l'écriture) et tout le monde était super content. Puis à la toute fin de la cérémonie, on a gagné le prix le plus prestigieux: le Carol Tambor Best of Edinburgh Award. Toute l'équipe s'est mise à s'envoyer des courriels et des textos. C'était la folie!»

Le Carol Tambor Award, du nom d'une mécène américaine, n'est pas qu'un prix honorifique. Le spectacle couronné, choisi parmi plus de 800 pièces de théâtre, est ensuite monté off-Broadway pendant un mois, toutes dépenses payées (transport, hébergement, production, promotion). Leo sera donc présenté du 11 janvier au 5 février 2012 au petit théâtre Clurman de la 42e Rue, à Manhattan.

«Ça va se passer en même temps que l'un des festivals de théâtre les plus importants à New York, Under the Radar, consacré à tout ce qui est international, underground, se réjouit Brière. En plus, ça va coïncider avec un congrès de 4000 producteurs et diffuseurs réunis à New York pour dénicher des spectacles. C'est le bon moment pour faire la promotion de notre spectacle.»

Théâtre et acrobatie

À mi-chemin entre le théâtre et l'acrobatie, Leo met en scène un personnage muet joué par l'Allemand Tobias Wegner, qui défie littéralement les lois de la gravité dans une pièce nue. Chacun de ses gestes est capté par une caméra inclinée à 90 degrés et projeté sur un écran géant, à gauche, sur la même scène. Ses mouvements les plus acrobatiques paraissent anodins à l'écran et vice-versa, et la juxtaposition du réel et de la projection provoque le rire et l'émerveillement chez les spectateurs de tout âge.

Le directeur de la compagnie Circle of Eleven, Volker Brümmer, a recruté Daniel Brière à Montréal en janvier 2008, après avoir assisté à une répétition de la pièce Le plan américain, écrite et mise en scène par Brière et sa compagne Evelyne de la Chenelière. L'équipe de Leo comprend évidemment des Allemands, mais aussi une Mexicaine et deux Montréalais dont Jean Gaudreau, du duo Larsen Lupin, responsable du montage son.

Avant même de gagner ces deux prix, Leo a été encensé à Édimbourg - «les deux dernières critiques nous donnaient cinq étoiles», mentionne Brière - et se classait la semaine dernière dans le top 10 des spectacles les plus appréciés parmi les quelque 2000 de toutes sortes présentés au Fringe.

Déjà, des pays comme le Brésil, les Pays-Bas, la Belgique, l'Australie, l'Angleterre et même l'Iran ont manifesté leur intérêt pour Leo. «C'est sûr qu'avec des prix comme ça, les gens vont en parler beaucoup», reconnaît Brière, qui se promet d'aller passer quelques jours à New York en janvier même s'il travaillera alors à la mise en scène de la pièce Invention du chauffage central en Nouvelle-France, premier chapitre de la saga historique du Nouveau Théâtre Expérimental qui sera créé à Espace Libre le 7 février.

Et Montréal?

Claude Myre Bisaillon, de Juste pour rire, a l'oeil sur Leo depuis qu'elle en a vu une première mouture au CINARS, l'automne dernier à Montréal. «Il y a quelque chose d'unique dans ce spectacle qui défie notre sens de l'orientation», dit-elle, pas étonnée le moins du monde par le succès remporté à Édimbourg où elle a vu le spectacle achevé.

«Ces prix valident encore plus notre évaluation artistique de ce spectacle, ajoute-t-elle. Après le CINARS, on a eu des discussions pour amener Leo à Montréal cette année, mais ils voulaient la lancer à Édimbourg. On souhaite encore la présenter en 2012, à Juste pour rire ou à Zoofest. C'est un genre de spectacle qui ratisse large. Je sais qu'ils ne veulent pas le vendre comme un show familial, ce que je comprends, mais les enfants aiment ça. En fait, c'est un show pour les enfants de tout âge.»